Démission du secrétaire à la défense américain James Mattis, en désaccord avec Trump

L'annonce du retrait américain de Syrie était la goutte de trop pour le général James Mattis, qui évoque des différends stratégiques insurmontables avec le président Donald Trump.

L’annonce de la démission du secrétaire à la Défense américain ne s’est pas fait attendre. Seulement vingt‐quatre heures après la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, James Mattis, 68 ans, a renoncé jeudi à ses fonctions. Il quittera son poste le 28 février prochain, le temps pour le président de nommer un remplaçant et, pour le Sénat, de le confirmer.

Dans sa lettre de démission, le général quatre étoiles assume ses divergences tactiques avec Donald Trump, affirmant que le président « a le droit d’avoir un secrétaire à la Défense plus en phase avec ses idées. » A l’inverse du repli général de l’armée américaine à l’international prôné par le président américain, James Mattis souhaitait cultiver les relations avec les pays du globe : « notre puissance en tant que nation est inextricablement liée à la solidité de notre système unique et global d’alliances et de partenariats. (…) Nous ne pouvons pas protéger nos intérêts ou remplir efficacement notre rôle sans maintenir de fortes alliances et montrer du respect à ces alliés. »

Le retrait imminent des 2000 Forces spéciales américaines en Syrie laisse les Kurdes à la merci d’une offensive turque.  Lors d’un entretien jeudi à la Maison Blanche, le secrétaire à la Défense aurait tenté de convaincre le président de revenir sur sa décision, manifestement sans succès. L’intention de Trump de rapatrier également la moitié des 14.000 soldats déployés en Afghanistan, et peut‐être de réduire le contingent de 5200 hommes en Irak, aurait scellé sa décision de quitter le gouvernement.

Donald Trump a, comme il le fait usuellement, pris congé de son ministre sur Twitter. «Durant le mandat de Jim, des progrès énormes ont été accomplis, en particulier dans l’achat de nouveaux équipements. Le général Mattis m’a beaucoup aidé à obtenir que nos alliés et d’autres pays paient leur juste part des charges militaires», a‐t‐il écrit, le remerciant «pour son service».

“Un îlôt de stabilité” disparaît

Les élus démocrates comme républicains ont unanimement déploré le départ du général. C’était «un îlot de stabilité au milieu du chaos», a estimé le démocrate Mark Warren. Le sénateur républicain Marco Rubio a lui tweeté : «Il ne sera pas facile à remplacer».
https://twitter.com/marcorubio/status/1075886822906126336
Lindsey Graham, un proche de Trump, a salué la carrière du général, tout en critiquant vertement le retrait des Etats‐Unis de Syrie et d’Afghanistan.
https://twitter.com/LindseyGrahamSC/status/1075885871973482496
https://twitter.com/LindseyGrahamSC/status/1075897915963523072
Bien que le président ait promis de nommer un successeur rapidement, le sentiment de désorganisation générale de sa gestion du gouvernement fédéral prend de l’ampleur dans la sphère politique.

Le désormais ex‐secrétaire à la Défense rejoint la foule des licenciés du gouvernement Trump. Avant lui, l’ex-conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson, l’ex-Attorney General Jeff Sessions avaient déjà été remerciés. John Kelly, le secrétaire général de la Maison‐Blanche, est sur le départ.