Aux Etats‐Unis, le Roundup de nouveau face à ses juges

Lundi s'est ouvert à San Francisco un procès contre le Roundup, le désherbant vedette de Monsanto. La firme multinationale, à présent propriété de Bayer, a déjà été condamnée en août 2018 à une amende de 289 millions de dollars.

C’est une affaire qui pourrait coûter cher à Bayer. Lundi s’est ouvert, à San Francisco, un procès intenté au Roundup, le désherbant vedette de la firme Monsanto, récemment avalée par Bayer. Le plaignant, Edwin Hardeman, a utilisé du Roundup dans son jardin du début des années 1980 à 2012. Aujourd’hui atteint d’un lymphome non‐hodgkinien, il accuse le désherbant d’être responsable de sa maladie, et Monsanto d’avoir caché les risques que représentait l’utilisation de son produit star.

« Il versait le concentré dans une pompe de deux gallons (environ huit litres), le mélangeait à de l’eau et le vaporisait, a expliqué, en ouverture du procès, Me Aimee Wagstaff, l’une des avocates d’Edwin Hardeman. Le jour de Noël 2014, il s’est réveillé et a senti une grosseur dans sa gorge. »

289 millions de dollars de dommages et intérêts

Bayer sait le danger que peut représenter ce procès. En août 2018, DeWayne “Lee” Johnson, un autre jardinier californien porteur de la même maladie que M. Hardeman, avait obtenu 289 millions de dollars de dommages et intérêts pour son utilisation de Roundup pendant des années. Une peine ensuite réduite à 78,5 millions par un juge, lequel n’avait cependant pas remis en cause la condamnation de Bayer.

Le géant de l’agrochimie a obtenu que le procès qui s’est ouvert lundi à San Francisco soit divisé en deux parties. Durant la première, dite “scientifique”, les avocats du plaignant tenteront de prouver que le Roundup est bien à l’origine du lymphome non‐hodgkinien diagnostiqué à leur client en février 2015. Dans un deuxième volet, Bayer devra se défendre des accusations selon lesquelles Monsanto aurait minimisé, voire dissimulé, les risques pour la santé représentés par le désherbant. Le procès devrait durer de quatre à cinq semaines.

Procès à l’échelle fédérale

Monsanto s’est toujours défendu de ces accusations en affirmant que le Roundup n’était dangereux pour la santé que si les recommandations d’utilisation n’étaient pas respectées. La firme multinationale s’appuie sur des centaines d’études scientifiques allant dans ce sens. Si l’Organisation mondiale de la santé reconnaît le glyphosate comme “cancérigène probable”, ce n’est pas le cas de Agence fédérale américaine de protection de l’environnement.

Contrairement au précédent procès, dont le jugement se limitait à la Californie, l’affaire qui s’est ouverte lundi est jugée à l’échelle fédérale. Elle est ainsi juridiquement liée à des centaines d’autres accusations portées par des Américains contre Monsanto et le Roundup. Si Bayer venait à être condamné dans ce procès, le verdict pourrait faire jurisprudence. Ce qui signifierait, pour la multinationale, un risque de condamnations en série à l’avenir.

Crédit image : @boetter/Flickr