Roland Leroy, ancien directeur de l’Humanité et résistant, est mort à 92 ans

Également ancien député communiste de Seine-Maritime, Roland Leroy s'était opposé, dans les années 1970, au rapprochement du PCF avec le Parti socialiste.

À 15 ans, il rejoignait la résistance et rencontrait Louis Aragon, dont il allait devenir l’ami. À 30 ans, il était élu député de Seine‐Maritime, sous l’étiquette d’un Parti communiste (PCF) alors triomphant. À 48 ans, il prenait la tête de L’Humanité, journal dont il allait rester le directeur durant vingt ans. De cheminot marchant dans les pas de son père à homme politique et patron de presse, Roland Leroy a vécu plusieurs vies avant de s’éteindre, dans la nuit de dimanche à lundi, à l’âge de 92 ans.

Les hommages ont rapidement plu à gauche de l’échiquier politique. Fabien Roussel, le secrétaire général du PCF, Ian Brossat, tête de liste communiste pour les élections européennes, et Jean‐Luc Mélenchon, chef de La France insoumise, ont rapidement exprimé leur tristesse sur Twitter. Sur le site de L’Humanité, une tribune de Patrick Le Hyaric, directeur du journal, rend hommage à son prédécesseur.

Roland Leroy était destiné au communisme. De son père, aiguilleur proche des anarcho‐syndicalistes, il a gardé les convictions et le métier, qu’il a embrassé dès 15 ans, en 1942. Entré en résistance dans les mois qui suivirent, il devint, au sortir de la guerre, un militant communiste engagé. Devenu au fil des années l’une des figures du PCF, élu député en 1956 (mandat qu’il allait exercer à plusieurs reprises, pour une durée totale de 18 ans), il a occupé des postes dans tous les organes dirigeants du parti.

Opposé au rapprochement avec le Parti socialiste de François Mitterrand, sceptique quant à l’union de la gauche, il est entré ainsi régulièrement en conflit avec Georges Marchais, à l’époque secrétaire général du PCF.

En tant que directeur de L’Humanité, il a dirigé la campagne anti‐Soljenitsyne menée par le journal à la parution de L’Archipel du goulag, critique acerbe et sans concession du fonctionnement de l’URSS. Son départ de la direction du journal, en 1994, a marqué un changement d’époque pour le quotidien fondé par Jean Jaurès : la date à laquelle L’Humanité, jusque‐là « organe central du parti » selon les textes du PCF, est simplement devenu le « journal du parti ». Vingt‐cinq ans après son départ, « L’Humanité porte le deuil », écrit le directeur du journal.