Altifort écarté de la reprise de l’acierie Ascoval

Après de nombreux rebondissements, le ministère de l’Économie a finalement écarté le groupe Altifort du projet de reprise de l’aciérie Ascoval de Saint‐Saulve (Nord), en redressement judiciaire depuis un an. Faute de garanties sur le financement de l’opération, le gouvernement se donne encore un mois pour trouver un nouveau repreneur.

Désigné le 19 décembre par le tribunal de Strasbourg pour reprendre l’usine qui emploie 281 personnes, Altifort n’a pas réussi à réunir l’argent nécessaire. Le ministère de l’Économie a été informé de la situation le 18 février par l’administrateur judiciaire. « J’ai demandé à Altifort de cesser toute participation au dossier » et de « se retirer de toute possibilité de reprise d’Ascoval », a déclaré Bruno Le Maire, estimant que le groupe franco‐belge avait « trompé les salariés », mais aussi « les élus locaux et l’Etat. »

Selon un proche du dossier, le PDG d’Altifort, Bart Gruyaert s’est défendu mardi à Bercy d’avoir « trompé » les différents acteurs du dossier, justifiant de conditions financières particulièrement dégradées et le désengagement d’un « partenaire ». Ce dernier a été invité à quitter la séance, seulement quelques minutes après le début des débats sur le dossier de reprise.

Un délai supplémentaire pour trouver un repreneur

Lors de cette rencontre, en présence de représentants des salariés et élus locaux, « nous avons tous décidé collectivement de nous donner un mois supplémentaire pour trouver un repreneur » a martelé Bruno Le Maire, promettant de « multiplier les prises de contacts dans les jours à venir. »

Une audience du tribunal de grande instance de Strasbourg doit se tenir le 27 février. Les juges vont prendre acte de l’arrêt du projet de reprise. Les dirigeants d’Ascoval, les représentant des salariés et les élus locaux espèrent que le tribunal ne prononcera pas une liquidation judiciaire dans la foulée. 

Dans un contexte de ralentissement économique en zone euro et particulièrement de l’industrie automobile, grand consommateur d’aciers spéciaux produits par Ascoval, « les chances de réussite ne sont pas garanties ». « Mais Ascoval est une belle aciérie, un outil de production moderne, compétitif. Ça vaut la peine de se battre », estime le ministre, très impliqué dans ce dossier.

Le groupe franco‐belge a‐t‐il vu trop grand ?

C’est un sentiment que semblent partager les différents protagonistes de l’affaire, même si l’avocat d’Ascoval, Guilhem Brémond, se demande toujours comment les dirigeants d’Altifort ont pu expliquer en décembre disposer des fonds propres nécessaires au tribunal de Strasbourg, sans les avoir rassemblés au préalable.

Spécialisés dans la reprise d’entreprises en liquidation judiciaire, le Belge Bart Gruyaert et  le Français Stanislas Vigier, les deux fondateurs d’Altifort, ont monté début 2014 ce petit groupe industriel autour des pièces de haute précision. Spécialisé dans les secteurs de l’aéronautique, l’automobile et le nucléaire, le groupe a très rapidement racheté une quinzaine d’entreprises.

Dans un marché de l’acier déjà saturé, la décision de Vallourec, actionnaire à 40 % d’Ascoval et principal client de l’usine, de ne pas soutenir le projet de reprise par Altifort n’a pas facilité la conclusion de l’opération.