Hijab sportif de Decathlon : comprendre la polémique en quatre questions

La mise en vente lundi d'un hijab sportif sur le site internet de l'enseigne Decathlon a suscité de vives réactions de la part d'élus et d'associations, qui y voient une atteinte à la laïcité et à la liberté de la femme.

Une vague de critiques s’abat depuis lundi sur Decathlon, suite à sa décision de commercialiser un hijab (un voile qui couvre les cheveux et le cou) pour le sport. Le vêtement est considéré par certains comme une forme d’atteinte à la liberté de la femme et à la laïcité. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les réponses de l’équipementier français aux messages virulents d’associations et d’élus de tous bords ont créé une certaine cacophonie, couvrant les voix des Françaises musulmanes, pourtant premières concernées. Au point de pousser Decathlon à annoncer, mardi en fin d’après-midi, la suspension de la commercialisation du produit.

D’où vient la polémique ?

Après avoir mis en avant sur son site français son hijab de course et provoqué la critique de certaines associations féministes, Decathlon a d’abord évoqué une erreur, assurant que l’article ne serait disponible qu’au Maroc. Le groupe français a ensuite assuré « assumer complètement » la commercialisation prochaine du couvre‐chef avant de se rétracter mardi soir.

Son prix devait être connu lors de sa mise en vente, prévue initialement avant la fin du mois de mars. Il devait entrer en concurrence avec celui proposé depuis 2017 par l’équipementier sportif Nike, pour la somme de 30 euros.

Qui s’est emparé du sujet ?

Suite à l’annonce de cette commercialisation, notamment repérée par le site Alkanz, de nombreux élus de tous bords politiques ont réagi sur Twitter. Certains se sont élevés contre le vêtement de Decathlon, jugé tour à tour comme une marque de soumission ou comme une attaque portée à la laïcité.

La porte parole des Républicains, Lydia Guirous a par exemple estimé que le vêtement « renie les valeurs de notre civilisation ».

Chez LaREM, les avis sont partagés. Aurore Bergé, porte parole du parti, s’élève contre la mise en vente du hijab, quand son collègue et député du Val-d’Oise Aurélien Taché soutient au contraire Decathlon.

Dans un communiqué, le Rassemblement national a quant à lui dénoncé une nouvelle « intrusion du communautarisme islamique dans l’espace public ».

Fait marquant, des associations féministes ont elles aussi critiqué l’équipementier pour son choix. Un communiqué publié par la Ligue du droit international des femmes et le Comité laïcité république et relayé sur Twitter affirme même que « le seul but [de cette commercialisation] est de prolonger l’apartheid sexuel imposé aux femmes dans l’espace public » :

Que répond Décathlon ?

Après un certain flou, la firme française a d’abord répondu aux internautes sur Twitter en assumant son choix et défendant « la démocratisation de la pratique du sport ». Dans les prochaines semaines, cet « accessoire initialement développé et commercialisé au Maroc, à la demande de pratiquantes locales de course à pied », sera « rendu disponible en France et partout dans le monde dans les magasins » Decathlon qui en feront la demande, a précisé mardi après‐midi Xavier Rivoire, responsable de la communication externe de Decathlon United.

Finalement, le même Xavier Rivoire a annoncé mardi en fin de journée sur RTL que le hijab sportif ne serait pas commercialisé en France, notamment pour « assurer l’intégrité et la sécurité de nos propres équipes ».

Qu’en disent les principales intéressées ?

Pour les Françaises musulmanes que nous avons interrogées, cette mise en vente était avant tout une bonne nouvelle, et la polémique une absurdité. « C’est super qu’ils vendent ça ! », s’exclame Siam Merraoui, la trentaine, les cheveux couverts par un voile. Elle ne comprend pas la polémique : « C’est mon choix de porter le hijab, je suis libre, personne ne m’y force ! » Avec un regard vers sa fille, qu’elle tient par la main, elle ajoute : « Et je n’y forcerai pas ma fille !  D’ailleurs, il y a trois ans, j’étais hôtesse de l’air et je n’en portais pas. »

Noui Marona tient le même discours : « C’est une bonne chose que Decathlon vende cela. Je n’ai pas encore vu à quoi il ressemblait, mais je pourrais carrément l’acheter ! » La jeune femme, dont le visage est cerclé d’un foulard bleu clair, reprend : « Moi, j’ai décidé de mettre le hijab, c’est mon choix. Mes deux grandes soeurs, elles, n’en portent pas. Et puis Decathlon n’oblige personne à l’acheter, ça ne mérite pas une telle polémique ! »

Laura Cha, porte‐parole de Lallab, une association féministe et de lutte contre les discriminations, se désole de la polémique, malheureusement récurrente. « Tous les six mois, c’est la même chose. Nous, nous refusons un féminisme qui pointe du doigt certaines femmes, qui les met de côté parce qu’elles auraient des pratiques, des croyances ou des manières de s’habiller différentes, regrette la militante. Les femmes voilées participent à la société, et ce vêtement sportif est bien la preuve qu’elles ont envie de participer. »