Les incendies en Corse sont‐ils vraiment imputables au réchauffement climatique ?

Ce week-end, plusieurs incendies sur l’Île de Beauté ont ravagé près de 1 700 hectares de forêt. Josiane Chevalier, la préfète de Corse, les attribue au réchauffement climatique. Pas si sûr, répondent les scientifiques appellent à relativiser.

« Je crois que le dérèglement climatique est à l’œuvre. On ne s’attend pas à avoir des feux en hiver mais maintenant je crois qu’il faudra s’y habituer », a déclaré la préfète de Corse Josiane Chevalier dimanche lors d’une conférence de presse. Un constat que les scientifiques appellent à relativiser, alors que la Corse est touchée depuis samedi par des incendies qui ont ravagé 1700 hectares.

Il est vrai que les conditions météorologiques ont été particulières en Corse cet hiver, avec peu de précipitations dans les zones touchées, principalement à Calenzana au nord‐ouest de l’île, et à Sampolo, en son centre. « On a un sol très sec, pas de pluie depuis un certain temps et beaucoup de soleil, mais aussi de l’imprudence avec des écobuages [pratique consistant à débroussailler une zone par le feu, ndlr] inappropriés sur toute la Corse », a déploré la préfète. Pour autant, il ne faut pas renverser le problème : les feux d’origine naturelle ne représentent que 10 % des feux de forêt tandis que l’imprudence est à l’origine de 50 % d’entre eux – et la malveillance criminelle 40 %, selon l’organisme Prévention incendie.

Mais l’écobuage a sa part de responsabilité. « Dans les montagnes du Nord‐Ouest de la Corse, ce sont surtout des paysans ou des bergers qui brûlent des surfaces sur lesquelles ils aimeraient bien faire paître leur bétail. Quand le maquis bouche la surface, leurs animaux ne peuvent plus circuler, détaille Nicolas Martin, maître de conférences en climatologie à Nice. Le facteur aggravant pour eux, et qui peut être fatal, c’est le vent », ajoute‐t‐il.

Samedi, 33 départs de feu ont été enregistrés en Haute‐Corse et 15 en Corse‐du‐Sud, favorisés par un vent tourbillonnant violent, avec des pointes jusqu’à 130 km/h. Si les feux de forêt sont dus à des activités humaines, certaines conditions climatiques sont préalables à leur rapide propagation.

Conditions climatiques exceptionnelles mais « naturelles »

Selon Florence Vaysse, ingénieure chez Météo France et responsable de l’assistance aux feux de forêt pour le Sud de la France, « les gens font tout de suite l’amalgame et s’exclament  “Oh c’est déjà l’été !” alors que ces feux en Corse n’ont rien à voir avec des feux d’été ».

Si, en été, le lien entre vagues de chaleur et intensité des feux est avéré, il n’en est rien en hiver, et « les anticipations du GIEC jusqu’à 2100 n’indiquent aucune baisse des précipitations hivernales », rappelle Florence Vaysse. La sécheresse de cet hiver en Corse serait donc plutôt un phénomène climatique naturel, qui fonctionne par cycle, sans aucun lien démontré avec le réchauffement climatique.

D’autant qu’en hiver, la végétation se transforme. Les petits arbustes se mettent « en dormance » et ont moins de sève. En parallèle, les herbacés arrivent en fin de cycle et meurent. On a donc beaucoup de végétation morte ou en dormance, sa teneur en eau devient alors directement liée à l’hydrométrie de l’air. « Ce week‐end, l’hydrométrie a été inférieure à 10 % dans certaines poches montagneuses, ce qui est excessivement sec », indique Florence Vaysse.

Un hiver relativement sec

La faute à qui ? A un phénomène météorologique bien connu, l’effet de Foehn, créé par un vent perpendiculaire à l’axe du relief. « De l’autre côté du relief, la masse d’air est entraînée vers le bas, se réchauffe et donc s’assèche », explique le climatologue Nicolas Martin. Ce week‐end, le vent d’est a favorisé la sécheresse de la partie occidentale de l’Île de Beauté. La Corse, même si elle a connu un été et un automne 2018 normalement pluvieux, connaît un hiver relativement sec, « deux fois inférieur à la normale sur sa façade orientale », selon Florence Vaysse.

Selon Nicolas Martin, « on ne peut pas lier l’aléa météorologique au réchauffement climatique. La climatologie, c’est avant tout des statistiques, et on ne fait pas de stats avec un seul élément ». Souvent, des facteurs imprévisibles viennent compliquer la donne. Ce week‐end en Corse, la zone montagneuse des feux a rendu leur accès difficile aux camions de pompiers, et le fait qu’ils se déclenchent la nuit a empêché l’intervention directe des canadairs, qui ne volent que de jour.