Salon de l’agriculture : la PAC réduit, l’agriculteur diversifie

Avec le Brexit, le budget de la politique agricole commune (PAC) diminue de 12%. Diversification des activités et transition vers l’écologie sont les voies empruntées pour combler le manque à gagner, sans toujours suffire.

L’agriculteur du futur sera‐t‐il un slasheur (une personne qui cumule plusieurs emplois) ? Face à la baisse des subventions de la PAC, les agriculteurs français cherchent d’autres sources de revenus. Les subventions directes aux agriculteurs, premier poste de dépense de la PAC, devraient diminuer de 7 à 8 % selon Christiane Lambert, la présidente du premier syndicat agricole français, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles).

Se passer des sous‐traitant

Il faut désormais « vendre les produits autrement », ou « diversifier ». Les agriculteurs cherchent d’autres sources de revenus, « en amont et en aval » de la production, explique Dominique Defay, céréalier et producteur d’oléagineux (des plantes cultivées pour leurs graines ou leurs fruits riches en matières grasses, comme les noix ou les amandes) dans la Sarthe. Dominique a investi dans du matériel pour le séchage du maïs, qu’il sous‐traitait jusque‐là, et effectue le séchage en plus de ses cultures pour lui et deux autres agriculteurs. Le séchage lui prend un mois par an, durant lequel il travaille « presque jour et nuit », dit‐il lui aussi avec un sourire.

Stéphanie, chargée de clientèle agricole au Crédit mutuel, cite également pêle‐mêle les activités complémentaires de certains de ses clients : la vente de pièces agricoles, la mise en culture d’autres espèces comme les plantes aromatiques, l’achat et la revente de bois.

La qualité comme argument commercial

Vendre d’autres choses, ou mieux vendre ce qu’on a déjà : la hausse de qualité, qui correspond aussi à la demande des consommateurs, est évoquée par le gouvernement et les syndicats.  Samedi, Emmanuel Macron estimait lors de son discours au Salon de l’Agriculture que « les agriculteurs doivent devenir les premiers militants de la transition écologique ». Il identifiait la « qualité » comme voie pour consolider l’agriculture française.

Pour Ludovic Calvet, éleveur bovin à Montastruc de Salies, dans les Pyrénées, cette transition ne génère pas des revenus suffisants. « Nous faisons déjà des produits de qualités, nous sommes déjà en agriculture raisonnée et plus que raisonnée. Les labels, nous les avons depuis des années. »

La transition vers le bio est également compromise par les difficultés dans l’accompagnement : « Mes amis n’ont pas été payés depuis deux ans. Ils ont fait les efforts, les démarches, mais ils n’ont pas eu le retour de la médaille, ils manquent d’oxygène », regrette Ludovic Calvet. Le constat est partagé par Dominique Defay, évoquant également des délais de « deux ans d’attente des aides », à cause des « lenteurs administratives et de problèmes de budget ».

Agriculteur, un métier en pleine mutation

Tous partagent le même constat : « Le métier change complètement ». Pour Dominique Defay, « il est de plus en plus technique, et il faut aussi être un chef d’entreprise, aller chercher l’innovation ». Il faut s’élargir « en amont et en aval ». Pour Stéphanie, l’agriculteur doit aussi être « un entrepreneur ». Or « tous n’ont pas la fibre commerciale, ni l’envie de devenir entrepreneur. »

La politique européenne est commune, ainsi que les pistes lancées par le gouvernement, mais l’agriculture plurielle. Les situations locales divergent selon les propriétés des territoires. Dans l’Aubrac, la diversification vers d’autres cultures n’est pas envisageable : le territoire ne se prête pas à autre chose qu’à l’élevage, explique Julien Tuffery, éleveur bovin.

Pour Ludovic Calvet, c’est le manque de moyens qui décidera. La seule issue réside dans la réduction voire l’arrêt de son activité : « Jusqu’à maintenant on est déjà serré de partout, je ne sais pas où il va falloir toucher. J’envisage de réduire ma structure de moitié, projette‐t‐il. On a des structures de nos arrières‐grands‐parents, ça fait chier de les laisser ».

« Très peu envisagent de quitter le métier »

Pour Stéphanie, la chargée de clientèle agricole au Crédit Mutuel, « très peu envisagent de quitter le métier ». Ils restent mais peinent à définir une suite de parcours. « Ils sont dans un système de crise, ils éteignent déjà les feux, alors se projeter sur le long terme est difficile ». D’autant que les baisses des aides mettront du temps à se mettre en place, suivant le rythme parlementaire européen. Elles sont évaluées pour 2021, 2022. Julien Tuffery, quant à lui, refuse d’envisager que les aides ne baissent de manière substantielle : « Elles ne diminueront qu’un peu, la PAC, il faut absolument la garder », affirme‐t‐il.

La PAC n’est pas le seul facteur des évolutions, qui sont déjà en cours depuis plusieurs années. Les causes invoquées en sont la mise aux normes françaises, très exigeantes, mais qui crée un manque de compétitivité par rapport aux produits importés en France. Ce sont aussi les contradictions récentes du marché agroalimentaire : « on veut manger de qualité, mais à moindre coût », pointe Stéphanie.

Florence Loève