Cachemire : escalade des tensions entre l’Inde et le Pakistan

L’armée du Pakistan affirme avoir abattu deux avions indiens survolant son espace aérien, au lendemain du supposé bombardement par l’Inde d’un camp d’entraînement d’un groupe islamiste dans le nord du Pakistan.

La tension s’est brutalement aggravée mercredi entre l’Inde et le Pakistan qui ont chacun affirmé avoir abattu des avions ennemis, les deux puissances nucléaires répétant toutefois vouloir éviter « l’escalade ».

Cette poussée de fièvre déclenchée mardi alarme la communauté internationale qui redoute un conflit ouvert entre les deux frères ennemis d’Asie du Sud autour de la région poudrière du Cachemire, pomme de discorde depuis des décennies.

Mercredi, les forces armées pakistanaises ont affirmé avoir abattu deux avions indiens dans l’espace aérien pakistanais et arrêté deux pilotes, dont l’un, blessé, a été conduit à l’hôpital. L’un d’entre eux apparaît dans une vidéo publiée par les médias pakistanais et dont l’authenticité a été certifiée à l’AFP de source sécuritaire pakistanaise.

De son côté, New Delhi a annoncé avoir abattu un avion pakistanais au Cachemire et « perdu un Mig‐21 ».

Un camp de « de terroristes » visé par l’Inde

L’Inde avait annoncé mardi au petit matin avoir effectué des frappes aériennes contre le camp d’entraînement de l’organisation islamiste Jaish‐e‐Mohammad, tuant « un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants et de djihadistes entraînés aux attentats suicide », selon New Delhi.

Cette frappe, près de Balakot, une petite ville dans une zone montagneuse du nord‐est du Pakistan, près de la région disputée du Cachemire, a été qualifiée par l’Inde de « préventive » et « non militaire ». Les autorités indiennes ont justifié leur action arguant que le groupe – ayant revendiqué l’attentat suicide qui a provoqué la mort de 40 paramilitaires indiens en février dernier – préparait de nouveaux attentats en Inde.

Le Pakistan a réfuté la version indienne, faisant simplement état d’une incursion d’avions indiens pendant une durée de quatre minutes dans son espace aérien, avions qui auraient largué une bombe ne faisant ni dégâts ni victimes. Selon Islamabad, ces affirmations interviennent dans un contexte de propagande à l’approche des élections d’avril et mai. Visant sa réélection, Narendra Modi, le Premier ministre indien, serait sous la pression de l’opinion publique indienne, réclamant justice suite à l’attaque-suicide de Pulwama en février dernier. Ces affirmations calomnieuses sont un « risque sérieux pour la paix et la stabilité régionales » a tweeté le général Asif Ghafoor, porte‐parole de l’armée pakistanaise.

10 000 paramilitaires déployés

Dans ce contexte d’escalade, les Etats‐Unis, l’Union européenne et la Chine ont appelé les deux puissances nucléaires à la « retenue » et au dialogue. La ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj a affirmé que « l’Inde ne souhaite pas d’escalade et continuera à agir avec responsabilité ». La diplomatie pakistanaise a, quant à elle, indiqué qu’il ne s’agit « pas de représailles ». « Le seul objectif est de démontrer notre droit, volonté et capacité à l’auto-défense ».

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, nationaliste hindou résolu, prône la fermeté au Cachemire indien. Il n’hésite pas à accuser de « faiblesse » vis‐à‐vis du Pakistan le Parti du Congrès, le principal parti d’opposition. Quelque 10 000 paramilitaires indiens ont été déployés ce week‐end dans le Cachemire indien, alors que les insurrections séparatistes se multiplient. L’armée indienne justifie la répression du mouvement séparatiste et indépendantiste par la présence parmi eux de militants fondamentalistes et terroristes.

Avec près de 600 000 soldats déployés dans la région, le Cachemire est l’une des régions les plus militarisées au monde. Les guerres dans la région, dont la première remonte à la partition de l’empire britannique en 1947, ont fait au moins 70 000 morts depuis la fin des années 1980.