Comment Cardiff essaye d’échapper au paiement du salaire d’Emiliano Sala

Un mois et demi après la mort du joueur argentin, le FC Nantes et le club de Cardiff se sont déclaré la guerre pour le règlement du montant de son transfert.

Après le premier rapport de l’enquête sur le crash de l’avion d’Emiliano Sala, vient l’épineuse question du règlement de son transfert. L’attaquant du FC Nantes ne jouera jamais à Cardiff, mais le club britannique s’était engagé à verser 17 millions d’euros pour l’avoir dans ses rangs. Une partie de cette somme devait être versée au FC Nantes ce mercredi, mais Cardiff a cessé tout contact avec les dirigeants du club. Les Canaris ont donc saisi la Fifa ce mercredi pour obtenir le paiement. Dans une interview à la BBC mi‐février, la président du club gallois assurait qu’il souhaitait éclaircir « beaucoup de questions qui doivent encore trouver des réponses » avant de payer le transfert du l’ancien joueur noueur nantais.

Cardiff joue la montre

Depuis la mort d’Emiliano Sala, le 21 janvier dernier, Cardiff ne se montre pas très enclin à régler ce transfert, le plus cher de l’histoire du club. Ses dirigeants ont d’abord essayé d’en faire baisser le montant. Ils auraient eu connaissance d’un courrier dans lequel l’agent du joueur argentin, Willie McKay, lui indiquait  avoir gonflé artificiellement le prix du transfert, évoquant l’intérêt d’autres clubs anglais. Cardiff cherche donc à savoir si Everton et West Ham, deux clubs cités dans cette lettre, étaient réellement intéressés par l’attaquant nantais. Selon Cardiff, cet argument pourrait justifier la baisse du montant du transfert a posteriori.

Le club britannique a ensuite cherché à faire annuler complètement le transfert. Les dirigeants estiment que celui‐ci n’était pas tout à fait achevé au moment de la mort de Sala le 21 janvier, puisque le joueur n’était pas encore enregistré en Premier League. Me Thierry Granturco, avocat aux barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste du droit du sport, a expliqué au Figaro, que le transfert devait également être validé par le système de la Fifa, l’ITMS (International transfer matching system). Or selon l’Equipe, la Fifa a bien eu le temps de valider le transfert avant la mort du joueur fin janvier. Reste à savoir si le contrat était approuvé par la Premier League. Selon les révélations du journal britannique le Telegraph le 21 février, le contrat d’Emiliano Sala avait été jugé non‐conforme aux règles de la Premier League. Il aurait donc été renvoyé au club gallois, pour que l’attaquant argentin le signe après corrections. Mais le joueur de 28 ans est mort entre temps.

Des zones d’ombre persistent sur les circonstances du vol

Pour faire annuler le transfert d’Emiliano Sala, Cardiff a un dernier recours : lancer une procédure pour négligence à l’encontre du FC Nantes. Le club britannique envisage cette solution si l’enquête sur les circonstances du crash de l’avion révèle que le pilote ne disposait pas d’une licence valable. Rendu le 25 février par le Bureau d’enquête britannique sur les accidents aériens, le premier rapport de l’enquête ne permet pas encore tout à fait de déterminer si le pilote possédait la bonne licence.

Selon les enquêteurs britanniques, l’avion n’était pas autorisé à opérer des vols commerciaux. Ils précisent que David Ibbotson, le pilote, avait déjà transporté d’autres passagers sur la base d’un « partage des coûts », autorisé par la règlementation. Selon Willie McKay, dont le fils a organisé le voyage en avion du footballeur argentin, « il n’a pas été demandé à Emiliano de payer son vol ». Le vol était donc, selon lui, privé et non commercial.

Enfin, les enquêteurs soulignent que si David Ibbotson disposait d’une licence de pilote établie par l’Agence européenne de la sécurité aérienne, celle‐ci ne contient pas forcément une autorisation pour voler de nuit. L’avion transportant Emiliano Sala vers Cardiff ayant décollé à 19h15, en plein mois de janvier, le vol s’est forcément effectué de nuit.

Si tous les éléments qui restent à éclaircir devaient en faveur d’une annulation du transfert, le FC Nantes ne sera pas le seul perdant : la famille d’Emiliano Sala devait percevoir une somme pouvant aller jusqu’à  700 000 euros de la part de l’association des footballeurs professionnels (PFA), qui réunit les joueurs du championnat anglais, à laquelle le joueur est automatiquement lié dans le cadre d’un transfert.