Hijab sportif de Décathlon : « La laïcité n’interdit pas de porter un voile pour courir »

Après la polémique concernant la commercialisation de hijabs sportifs par Decathlon, la question du principe de laïcité a été soulevée par des citoyens français. Le rapporteur de l'Observatoire de la Laïcité, Nicolas Cadène, décrypte pour les Ateliers du CFJ les tenants et aboutissants de cette affaire.

Le hijab sportif ne verra pas le jour chez Décathlon en France. La firme l’a annoncé mardi après moult changements d’avis sur la question. Sur Twitter, la polémique a rapidement enflé et certains utilisateurs évoquant le principe de laïcité. Décryptage avec le rapporteur général de l’Observatoire de la Laïcité, Nicolas Cadène.

Ateliers du CFJ : Que révèle cette polémique de la société française actuelle ?

Nicolas Cadène : Cela ne fait que confirmer d’importantes crispations au sein de la société en ce qui concerne la visibilité religieuse et en particulier celle liée à l’Islam. Les crispations sur le voile existent depuis de très nombreuses années dans notre pays et restent très fortes dans un moment de crise à caractères multiples. Les Français ont tendance à se passionner pour ce qui renvoie aux convictions individuelles et aux opinions des gens.

Cela renvoie aussi à la situation française spécifique dans le monde. Nous sommes dans une société très sécularisée et peu religieuse dans laquelle on trouve beaucoup d’athées et d’agnostiques. Donc une société qui a moins l’habitude de l’expression et de la visibilité religieuse, et encore moins l’habitude de la visibilité religieuse musulmane. L’Islam est une religion qui reste relativement récente dans la métropole. Et la mixité sociale est très peu présente dans certains quartiers.

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Enfin, le contexte international de crise au Moyen‐Orient, de terrorisme islamiste, etc., peut également conduire à des confusions et des amalgames dans la pratique religieuse de l’Islam, et à rapprocher cette pratique de quelque chose de bien plus radical qui n’a bien entendu rien à voir.

A.D.C : Beaucoup de personnes ont mis en avant le principe de laïcité pour critiquer l’intention de Decathlon de commercialiser ses hijabs…

N.C : Ce qui pose problème, c’est quand la laïcité est invoquée à tort. Peu importe ce que l’on pense du fond de cette affaire, la laïcité n’interdit pas, en l’espèce, à des citoyennes de porter un voile pour courir.

La laïcité garantit au citoyen la possibilité de croire ou de ne pas croire, de porter un signe religieux ou de ne pas en porter. Donc dès lors qu’il n’est pas imposé à autrui et qu’il n’y a pas de troubles à l’ordre public, la laïcité ne peut pas être invoquée pour interdire le port d’un hijab de course. Decathlon pouvait tout à fait vendre cet article. Après, c’est au consommateur de choisir s’il veut l’acheter ou pas.

A.D.C : L’Observatoire de la Laïcité a‐t‐il été saisi après cette polémique ?

N.C : Oui, l’Observatoire a été sollicité par des citoyens lambdas pour savoir si cette affaire avait un rapport avec la laïcité. Nous avons rappelé qu’une entreprise privée pouvait commercialiser ce qu’elle voulait du moment qu’il s’agit d’un produit légal. Et l’administration laïque en général n’a pas à s’opposer à une pratique religieuse dès lors qu’elle respecte la loi commune. En l’espèce, porter un signe religieux n’est pas contraire à la loi commune.

J’ai également rappelé que, dans un Etat de droit, on n’interdit pas ce qu’on peut personnellement ne pas apprécier. Cette polémique renvoie quelque peu à celle du burkini car cela concerne des crispations religieuses mais ici il ne s’agit que de remplacer un voile déjà porté par les femmes par quelque chose de plus pratique pour faire du sport. Le burkini est un nouvel objet qui ne remplaçait pas une tenue autre.