La hausse de la mortalité routière est‐elle liée à la dégradation des radars ?

Pour expliquer la hausse de la mortalité sur les routes en janvier, les autorités ont mis en avant les dégradations des radars. Les Ateliers du CFJ ont essayé d'y voir plus clair.

Le chiffre est toujours aussi fort : en janvier, 238 personnes sont décédées sur les routes, selon les données publiées ce mercredi par la Sécurité routière. C’est neuf de plus qu’en janvier 2018, soit une hausse de 3,9 %.

Pour expliquer cette hausse, les autorités évoquent les conséquences de la dégradation des radars automatiques. Selon elles, « l’effet de l’abaissement de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur le réseau routier rural compense encore, en partie, la forte dégradation des dispositifs de contrôle automatisé ».

Contactée, la Sécurité routière ne nous a pas donné des chiffres détaillés sur le mois de janvier, que ce soit le nombre de radars dégradés ou de victimes liées à ces dégradations. Elle nous a renvoyés vers une étude de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) publiée le 28 janvier 2019. Selon elle, « en comparaison des cinq dernières années », « 116 vies ont été épargnées sur le second semestre 2018 » grâce à la baisse à 80 km/h. À partir d’août, mois d’instauration de la mesure d’abaissement de la vitesse maximale, la mortalité a diminué sur les routes où la vitesse est passée de 90 à 80 km/h alors qu’elle remontait sur les autres. Le premier ministre Edouard Philippe déclarant même, avec raison, qu’il n’y avait jamais eu « aussi peu de morts sur les routes françaises ». 

Une vitesse en hausse près des radars dégradés

Mais l’étude évoque aussi, en contrepoint, un « décrochage de la baisse » de la mortalité sur les routes limitées à 80km/h en novembre et décembre 2018, « dans la période qui correspond à la forte dégradation des dispositifs de contrôle automatiques. » Selon les calculs de l’ONISR, sans ces dégradations, 60 vies supplémentaires auraient pu être épargnées entre novembre et décembre 2018.

À nouveau, la Sécurité routière affirme « ne pas communiquer de chiffres sur les dégradations des radars pour éviter la surenchère et la propagation du phénomène » mais elle assure toutefois qu’il « a pris une proportion inédite ». Début janvier, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner révélait même que « près de 60 % des radars ont été neutralisés, attaqués, détruits par celles et ceux qui se revendiquent de ce mouvement ». Soit environ 2000 sur les 3200 que compte le parc français.

En décembre 2018, la Sécurité routière constatait « une augmentation de 20% des flashs émanant de radars dégradés (étant précisé que la photo n’est pas exploitable) ». Déduction : « La forte baisse du nombre de radars fixes en fonctionnement a pour effet une augmentation de la vitesse d’un certain nombre de véhicules. » Et de conclure : « toute augmentation de la vitesse, en tant qu’elle augmente le risque, aura pour effet quasi mathématique d’augmenter le nombre d’accidents, et donc le nombre de morts. »