La presse étrangère ironise sur la polémique autour du hijab de sport

Pour la presse anglo-saxonne, le débat suscité par le "hijab de running" de Decathlon est symptomatique d'une crispation française sur la tenue vestimentaire des femmes musulmanes.

Le Washington Post ne s’est pas privé de se moquer de nous. « Un hijab pour faire son footing ? Apparemment, en France, c’est un scandale », a titré le quotidien américain le mardi 26 février. La veille, une polémique nationale éclatait suite à l’annonce de la commercialisation par Decathlon d’un« hijab de running » pour permettre aux femmes musulmanes de courir avec un voile adapté. S’en est suivi un déferlement de réactions scandalisées voire haineuse sur les réseaux sociaux.

Une polémique devenue nationale et même politique, ironise James McAuley, le correspondant à Paris du journal : « Une affaire d’État, les hauts responsables français prenant une pause dans leur gestion des crises politiques afin de gérer ce vêtement prétendument offensant ». 

« Les vêtements que les femmes musulmanes choisissent de porter sont un sujet à polémiques en France »

Une affaire qui fait écho à la polémique autour du « burkini » en 2016, comme le rappelle l’article du Washington Post, mais aussi le quotidien britannique The Guardian. Le maire de Nice, Christian Estrosi, avait interdit le port du burkini sur les plages de la ville, avant que le Conseil d’Etat ne considère cette interdiction comme illégale. Mais l’affaire avait suscité un large débat de société en France, dont s’était déjà emparé la presse étrangère, dont le Guardian.

Une tendance à se crisper autour des tenues vestimentaires des femmes musulmanes, que le Washington Post estime typiquement française : « Une fois de plus, les choix vestimentaires des femmes musulmanes font tout un drame en France », soupire le journaliste. L’article se clôt par l’évocation de la polémique en 2018 autour de la tenue vestimentaire de Maryam Pougetoux. Cette représentante du syndicat étudiant Unef avait été largement critiquée parce qu’elle portait le hijab lors d’une interview sur le service public. « Le journal satirique Charlie Hebdo l’avait représentée en singe sur sa Une », dénonce le journaliste du Washington Post.

Deux visions différentes de la laïcité

Le Guardian et le Washington Post rappellent les lois récentes sur le voile en France. « En 2004, la France a interdit le port du hijab dans les écoles publiques, et en 2010, elle est devenue le premier pays européen à interdire la burqa [voile intégral, ndlr] », explique à ses lecteurs James McAuley, le correspondant du Washington Post. Avant d’ironiser à nouveau sur la société française, « officiellement laïque — qui interdit tout signe et symbole religieux dans la vie publique – à l’exception, bien sûr, des crèches et des sapins de Noël qui décorent les mairies en hiver ». 

Un monde semble en effet séparer les visions française et anglo‐saxonne de la laïcité. Alors que la nôtre est basée sur une séparation stricte entre l’Etat et le religieux, en Angleterre, et surtout aux Etats‐Unis, elle est beaucoup plus souple. Une différence qui s’est illustrée notamment lors de la cérémonie des Oscars, dimanche soir. La marque de sport Nike y a diffusé une publicité remarquée, intitulée « Dream Crazier » (« Rêvez avec plus de folie »). Ce spot retrace le parcours hors‐norme de plusieurs sportives, dont l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, la première athlète américaine à avoir participé aux Jeux olympiques avec un hijab, en 2016 à Rio. Le tout narré par Serena Williams, dont la combinaison noire à Roland Garros avait été décriée, rappelle le Washington Post.