« On se doit d’être impliqués » : quand les supporters de foot font dans le social

Grâce à une cagnotte qui se voulait humoristique au départ, des fans de football ont pu organiser une maraude à Nice. La preuve que parfois, supporter rime avec solidaire.

Tout est parti d’une blague. Une cagnotte lancée début janvier par un groupe de supporters niçois désespérés de supporter la 20ème attaque du championnat de France à l’époque. D’autant plus que leur attaquant phare, Mario Balotelli, est en partance pour l’Olympique de Marseille.

Sur Leetchi, la somme souhaitée est volontairement démesurée : « Objectif 10 millions d’euros pour chopper un authentique crackito en Argentine ou en Serbie ! ». Plus bas dans la description de la cagnotte, on découvre la vraie raison de l’initiative. « Dans l’hypothèse où ce raisonnable objectif ne serait pas atteint, nous reverserons l’ensemble des gains au Fonds de dotation de l’OGC Nice », est‐il précisé.

Les supporters à l’origine du projet ne s’attendaient pas à récolter 2000 euros. « À la base, on voulait prendre au second degré notre mercato fantomatique, retrace Cédric, dirigeant des moins de 13 ans de l’OGC Nice. Dans le même temps, ça permettait de faire une bonne action. » Ce supporter « depuis la naissance » sourit quand il repense aux parents qui venaient à l’entraînement avec de l’argent en espèces pour participer.

Une fois les 2000 euros en poches, le groupe de fans discute avec le Fonds de dotation du club pour réfléchir aux actions à mener. Très vite, la somme récoltée est coupée en deux : une partie pour les sans‐abris, une autre pour les enfants.

Des duvets et des cadeaux de Noël

La généreuse initiative s’est concrétisée mardi soir à Nice. Les six supporters, des bénévoles de l’association les Anges de la baie de Nice et le joueur de l’OGC Nice Christophe Hérelle, ont distribué à des SDF une cinquantaine de duvets et des gels douche. Bastien Gambaudo, membre de l’association, était présent ce soir‐là. « J’avais parlé aux supporters il y a un mois, se remémore‐t‐il. Ils sont tout de suite apparus très impliqués et motivés pour cette maraude. »

Un succès qui pousse Bastien à encourager les clubs à s’investir plus dans ce genre d’initiative. « Quand on est une association, on doit souvent discuter avec la mairie et les représentants, c’est parfois compliqué, déplore le bénévole. C’est plus simple d’aller voir le club de la ville qui représente bien les gens. » Une nouvelle action solidaire en partenariat avec le club de la Côte-d’Azur devrait d’ailleurs être mise en place bientôt, selon lui.

Les supporters niçois ont distribué une cinquantaine de duvets grâce aux 2000 euros récoltés
(Crédits : les Anges de la baie de Nice)

Les Sudistes ne sont pas les seuls à avoir un cœur. À Paris, les groupes d’ultras, de retour au Parc des Princes après de longues années d’absence pour des raisons de sécurité, ne font pas que donner de la voix. À Noël dernier, le Collectif Ultras Paris Solidarité s’est notamment mobilisé pour récolter des cadeaux à offrir aux enfants du service pédopsychiatrie de l’hôpital de la Pitié‐Salpêtrière.

Un peu plus au nord, à Lens, le groupe des Red Tigers organise le « Noël des enfants ». Jérémy, membre du collectif depuis 1997, en a eu l’idée en lisant un article sur l’hôpital du coin. L’établissement manquait de subventions pour organiser un tel événement. « On est supporter d’un club donc on supporte aussi la ville, martèle cet ultra qui loue en passant l’initiative des Niçois. On se doit d’être impliqués. » Il enjoint alors les supporters lensois à rapporter des cadeaux. Et c’est ce que font les ultras chaque année depuis quinze ans.

« C’étaient des crèmes »

Les bonnes actions dépassent parfois les rivalités footballistiques. Les supporters les plus fervents d’ADO La Haye, aux Pays‐Bas, en avaient donné la preuve en septembre 2016. Leur adversaire du jour, le Feyenoord, avait invité des enfants malades du Sophia Children’s Hospital de Rotterdam à assister à la rencontre. Assis dans la tribune juste au‐dessus, les visiteurs ont attendu le début du match pour lancer une centaine de peluches sur les jeunes supporters. Une image qui avait très vite fait le tour des réseaux sociaux.

Pour les fans niçois, cette maraude est un coup double. « Ça permet de mener une bonne action humainement mais aussi d’avoir une image positive parce qu’il y a pas mal d’amalgames sur les supporters », reconnaît Cédric. Entre les histoires de violences et les rapprochements parfois faciles avec les hooligans, le supporter en tribunes se trimbale souvent avec l’image « du mec bête et méchant », regrette le dirigeant. « Nice a une mauvaise réputation au niveau des supporters, renchérit Bastien. Mais là, c’étaient des crèmes. »

De son côté, le Lensois Jérémy assure qu’il ne fait absolument pas ça pour embellir son image. « Je travaille dans un hôpital, j’ai un casier vierge et pourtant je suis un ultra, coupe‐t‐il. Quand les gens apprennent à nous connaître, ils voient que nous n’avons aucun intérêt derrière. On fait juste ça pour rendre service à des gamins hospitalisés. » Ces enfants passeront bien avant un attaquant à recruter.