La France est‐elle vraiment championne de l’égalité hommes‐femmes ?

Selon une étude de la Banque mondiale parue le 28 février, la loi française offre une stricte égalité aux femmes et aux hommes, notamment en matière d'emploi. Pourtant, des discriminations subsistent dans l'Hexagone.

100/100 : la France vient de décrocher la meilleure note concernant l’égalité des droits légaux entre les hommes et les femmes, selon un rapport publié par la Banque mondiale, le 28 février 2018. Seuls cinq autres pays européens (Belgique, Danemark, Lituanie, Luxembourg, Suède) se sont vus attribuer un tel score. La moyenne planétaire, elle, s’établit à 74,7. Ce qui signifie que, dans le monde, les femmes ne se voient accorder que les trois quarts des droits des hommes.

Pour mettre en lumière ces données, l’étude a été réalisée à partir de huit critères : la liberté de circulation, les conditions de travail, la législation salariale, les droits du mariage, les conditions liées aux enfants, le droit des affaires, la gestion patrimoniale et celle des pensions. Au vu de ces catégories, les Françaises semblent donc privilégiées dans ces secteurs, contrairement à leurs voisines étrangères.

Certains pays à la traîne

Mais comment expliquer que la France soit si bonne élève par rapport aux autres nations, même celles habituellement perçues comme particulièrement progressistes ?

Notre Code du travail contient certaines réponses. « Tout employeur assure, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes », peut‐on par exemple y lire. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne, où seule une récente loi de janvier 2018 autorise un employé à demander par écrit le salaire moyen de six personnes de sexe opposé occupant le même poste. Et ce, seulement pour des entreprises de 200 à 500 personnes.

Du côté des congés maternité, la France est aussi à la pointe. Les femmes enceintes ont droit à 16 semaines rémunérées pour un enfant. Aux Etats‐Unis, en revanche, ce congé n’existe pas. Le Federal Family and Medical Leave Act autorise uniquement 12 semaines non payées pour les salariées des entreprises de plus de 50 employés.

Même chose en ce qui concerne le congé parental, pris par l’un des deux parents pour se consacrer à l’éducation des enfants : en France, la CAF propose une aide financière. Tandis qu’en Espagne, si ce congé est autorisé jusqu’aux trois ans de l’enfant, il ne donne lieu à aucune rétribution.

Enfin, le « délai de viduité » de 300 jours imposé aux femmes françaises veuves ou divorcées avant de se remarier n’existe plus dans l’Hexagone depuis 2004. Alors qu’au Portugal, la loi impose un délai de 180 jours pour les hommes et 300 pour les femmes.

Des inégalités perdurent

Tous ces exemples expliquent donc pourquoi la France est, théoriquement, l’une des plus avancées en matière d’égalité hommes‐femmes. Mais en pratique, les statistiques démontrent parfois l’inverse.

Par exemple « les femmes gagnent toujours 9 % de moins que les hommes à poste équivalent », comme l’expliquait Muriel Pénicaud en mars 2018. Et les discriminations à l’embauche persistent. En 2018, la Fondation des Femmes a envoyé 900 CVs à des employeurs de secteurs dits “masculins” comme jardinier, chauffeur‐livreur ou mécanicien. A chaque fois, la candidature était double : l’une au profil masculin, l’autre féminin. Les résultats ont montré, à compétences égales, qu’une candidate avait 20% de chance de moins que son concurrent d’être contactée.

En ce qui concerne la prise en charge des enfants en France, le congé paternité est facultatif (selon l’Inspection générale des affaires sociales, en 2016, 7 pères sur 10 le prenaient dans leur intégralité). A l’inverse, toute femme enceinte a l’obligation de prendre un congé maternité d’au moins 8 semaines, dont 6 après l’accouchement. Le congé parental, lui, s’adresse à la mère comme au père. Mais avec une indemnité de base de 396,01 euros par mois, seuls 4% des hommes y ont recours.

La directrice de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, a conscience de ces disparités gommées par son enquête. Au Figaro, elle s’explique : « Bien sûr, cela ne veut pas dire que ces pays affichent une égalité parfaite dans la réalité des conditions de vie, mais ces droits légaux constituent une étape préalable essentielle.» Comme le constate le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, même si l’application des lois prend du temps, la parité ne peut se faire sans une forme de contrainte.