Toile du Caravage retrouvée : comment authentifier un tableau ?

Peinte au début du XVIIe siècle, une toile retrouvée dans un grenier toulousain en 2014 a été authentifiée jeudi comme réalisée par Caravage, l'un des plus grands peintres italiens de la Renaissance. Grâce à un travail d'expertise minutieux.

C’est une histoire qui finit bien. Jeudi, à Londres, un tableau représentant Judith décapitant Holopherne, thème régulièrement représenté sur des toiles de l’Italie de la Renaissance, a été authentifié comme étant un chef d’œuvre du Caravage. Cette toile, retrouvée dans un grenier toulousain en 2014, est estimée à 160 millions d’euros. Mais elle aurait pu valoir bien moins si Eric Turquin, qui l’a expertisée, l’avait identifiée comme une copie ou une imitation.

C’est au prix d’un travail minutieux qu’un expert peut mettre un nom sur un tableau. Plusieurs techniques existent pour cela. « La plus facile, la plus évidente, c’est de s’intéresser à la technique picturale de l’œuvre, explique Bertrand Duboscq, directeur d’un laboratoire d’analyse et d’authentification d’œuvres d’art. De voir si les pigments sont conformes avec ce qu’on connaît de l’époque de la peinture originale. » A travers les siècles, les pigments ont évolué chronologiquement, et il est ainsi facile de déterminer la date d’exécution d’un tableau.

« Des éléments permettent de déterminer l’origine géographique d’une oeuvre », ajoute Bertrand Duboscq. Il prend l’exemple de l’utilisation par des artistes français du XVIIIe siècle de « matériaux très spécifiques, proposés par les marchands aux peintres de l’époque ». Matériaux qui permettent, s’ils sont repérés dans une œuvre, de certifier qu’un tableau date de la France de ce siècle. « De la même façon, Rembrandt utilisait, dans sa préparation, du quartz broyé », précise‐t‐il.

L’analyse de tels détails prend, selon les dires d’Olivier Duboscq, « très peu de temps : une à deux semaines ». Si le temps est une donnée relative, quelques jours ne représentent, en effet, rien en comparaison aux plusieurs siècles qui peuvent séparer le moment où le peintre a commencé son œuvre de l’expertise visant à l’authentifier.

Une expertise qui a ses limites

Un obstacle, cependant, au travail des laboratoires : « Pour deux peintres ayant peint à la même époque et auxquels on ne connaît aucune spécificité de peinture telle que celle de Rembrandt, il est très difficile de définir qui est le vrai peintre, et qui est le copieur. » L’expertise des laboratoires atteint, en cela, ses limites. « Face à ce problème, le propriétaire de l’œuvre devra se tourner vers un expert du peintre en question plus que vers un laboratoire ».

Le savoir‐faire de ces derniers demeure essentiel. Il permet parfois de déceler ce qu’aucun œil humain ne saurait percevoir. Un outil essentiel face aux faussaires. Au début du XXe siècle, un galeriste allemand, Otto Wacker, avait trompé son monde en imitant, sans se faire remarquer, les toiles de Vincent Van Gogh. Il avait fallu quatre ans avant qu’il ne soit démasqué et arrêté. Avec le travail d’un laboratoire, il n’aurait pas tenu quinze jours.