Évacuation du bidonville de la petite ceinture

Le bidonville de la porte des Poissonniers (XVIIIe) doit être évacué et rasé ce matin. Officiellement, cette expulsion est due à des travaux devant être réalisés dans la zone.

On se demanderait presque comment ces planches de bois, amassées d’une manière désordonnée, parviennent encore à tenir debout. Construites sur une voie ferrée abandonnée au bord du boulevard des Maréchaux, les maisons de fortune du bidonville de la porte des Poissonniers (XVIIIe) affrontent la pluie et les premiers froids de novembre. Dans l’allée entre les habitations, les va‐et‐vient se multiplient. Des enfants trimballent des valises deux fois plus grosses qu’eux pendant que les parents portent des matelas jusqu’au bord de la route. Au milieu de ce grand déménagement et des cris, un homme sort avec un grand sourire de sa cahute. Un enfant vient de naître. Une bonne nouvelle qui n’effacera pas la mauvaise du matin : la police a annoncé que tout le bidonville allait être évacué et rasé le lendemain dès l’aube. Pour la quatrième fois en trois ans.

Charles, responsable au Secours Catholique, est venu dans l’après-midi avec Nathalie pour tenter de rassurer les 250 Roms qui vivent dans ce bidonville de la petite ceinture. Une question est sur toutes les lèvres : « Quand ça casse ? ». Autrement dit, « quand est‐ce qu’on est expulsés ? ». La bénévole encourage les habitants à rester jusqu’à demain, leur promettant que des places dans des hôtels ou des centres d’accueil ont été prévues pour tout le monde. « Certains préfèrent partir parce que les hôtels ou les centres ne sont pas adaptés pour vivre en famille ou pour se faire à manger », explique Charles. Au milieu du camp, un homme l’interpelle. Il ne veut pas quitter les lieux. « Ici, c’est ma maison. C’est chez moi », affirme‐t‐il fièrement en donnant quelques coups de la main pour démontrer la solidité de sa bâtisse. Cela fait dix mois qu’il habite là. Il travaille la ferraille. S’il part dans un hôtel, il dit ne plus pouvoir travailler.

« Les expulsions pérennisent les bidonvilles »

Comme beaucoup d’autres habitants du bidonville, l’homme ne connaît que quelques mots de français. Un frein pour trouver un nouveau travail dans un centre. Autre problème, les hébergements proposés sont généralement en dehors de Paris. « Ces gens se retrouvent plus loin de tout ce qui est administratif et ont plus de mal à s’insérer à cause de cette distance », peste Charles.

Livia Otal, responsable de l’association « Les enfants du Canal », ne comprend pas non plus cette nouvelle évacuation. « Cela fait 25 ans qu’on est dans cette politique de l’expulsion, s’énerve-t-elle. On voit bien que cela ne résout en rien les problèmes de bidonvilles. Au contraire, les expulsions pérennisent les bidonvilles. » Selon elle, il vaudrait mieux mettre en avant des solutions qui offrent un vrai accompagnement à ces sans‐abris, « qui coûterait moins cher et répondrait plus aux besoins des familles ». Et ainsi éviter de répéter le même discours dans quelques mois lors d’une éventuelle cinquième évacuation du bidonville.