De Cholet à New York, Killian Hayes aux portes du rêve NBA

Fils d’un ancien basketteur professionnel, Killian Hayes, 17 ans, a vécu toute son enfance et son adolescence avec un seul objectif en tête : jouer en NBA. En juin 2020, il aura l’opportunité d’être drafté et d’intégrer le meilleur championnat au monde. Explications du long chemin vers les parquets américains pour un jeune prodige du basket français.

« La NBA, ç’a toujours été mon rêve ! » Les mots sont de Killian Hayes, 17 ans, prodige du basket français évoluant au Cholet Basket en Jeep Elite (ex‐Pro A). En juin 2020, ce meneur d’1m94 va tenter l’aventure outre‐Atlantique en s’inscrivant à la Draft, la phase de sélection des jeunes joueurs les plus prometteurs de la planète. S’il est choisi par une franchise NBA à ce moment‐là parmi les 30 premiers joueurs appelés, il décrochera un contrat dans le championnat nord‐américain et une somme d’argent conséquente. Mais aussi excitant qu’il puisse être, le chemin vers ce précieux sésame américain n’en est pas moins sinueux et imprévisible.

Killian Hayes a baigné dans l’univers de la balle orange depuis son plus jeune âge. Formé au Cholet Basket, ce Franco‐Américain né à Lakeland (Floride, Etats‐Unis) a intégré l’équipe première de son club d’enfance, avec laquelle il dispute le championnat de France depuis septembre dernier. Pour les jeunes basketteurs les plus talentueux, la NBA est un rêve qui tend à se concrétiser au fil des années. « C’est un gamin qui me suivait dans ma carrière, explique DeRon Hayes, son père, ancien joueur professionnel. Et comme on avait toujours un ballon de basket quelque part, un panier de basket dans les salles où je jouais, il était toujours avec moi. » De sa naissance à ses années Cadets, Killian Hayes a écumé les salles de Pro A et de Pro B au gré des pérégrinations de son père. Naturellement, il a repris le flambeau familial et enfilé short, maillot et baskets pour entamer une épopée à l’issue ambitieuse. DeRon se souvient : « Je ne crois pas qu’il pensait devenir professionnel et gagner sa vie avec le basket. Avant tout, dans le sport il faut jouer pour prendre du plaisir. C’est un jeu », martèle‐t‐il. Un jeu pour lequel gamin floridien s’avère rapidement être au‐dessus de la moyenne.

A 15 ans, le Choletais marche dans les pas de joueurs tels que Rudy Gobert ou Nando de Colo et s’est déjà fait repérer. Son niveau commence à intriguer les recruteurs en vue d’une probable carrière professionnelle. A l’époque, David* était scout (recruteur) pour un club français. Désormais, il officie comme consultant NBA dans l’Hexagone. Son travail consiste à suivre les joueurs qui vont se présenter à la Draft et à rédiger des rapports à la franchise qui l’emploie. « Killian est un talent comme il y en a peu, admet‐il. Ce qui est drôle c’est qu’il se retrouve dans la même classe d’âge que Théo Maledon (joueur de l’ASVEL également pressenti en NBA dès 2020, ndlr). Mais des joueurs comme Maledon et Hayes, il y en a peut‐être un tous les 10 ans… Là, il y en a deux ! Aujourd’hui, il y a énormément de chances que ces deux joueurs soient draftés. » Dans ses carnets, David tient un listing de jeunes joueurs pouvant potentiellement intéresser son équipe. « Tu démarres avec une liste d’une vingtaine de noms, cette année les joueurs nés entre 1998 et 2000, et au fur et à mesure que tu les vois jouer, tu rayes des noms suivant que le joueur n’est pas assez athlétique ou tout simplement pas prêt. C’est ça le scouting. Là on est au mois de février, il me reste deux ou trois noms sur ma liste seulement. »

Difficile d’affirmer que celui de Killian Hayes y figurera l’année prochaine, mais son agent, Yann Balikouzou, assure être en contact avec plusieurs scouts ou consultants NBA intéressés par son profil. Présents partout aux Etats‐Unis et en Europe, les scouts sont payés par leur équipe pour dénicher des talents. Les consultants comme David, eux, font office de premier filtre. Chaque année, des événements sont organisés afin de réunir les meilleurs joueurs d’une même tranche d’âge. C’est ainsi qu’en 2017, le jeune Choletais s’est présenté au Jordan Brand Classic Global à Brooklyn, une rencontre opposant les 22 plus grands espoirs internationaux en catégorie moins de 16 ans, et a remporté le titre de meilleur joueur du match (MVP). Une vitrine parfaite pour se faire repérer outre‐Atlantique. L’été suivant, la jeune pépite remporte le championnat d’Europe des moins de 16 ans en étant couronné MVP du tournoi. « Je n’ai pas discuté avec les recruteurs pendant l’Euro, assure Yann Balikouzou. C’est plus après la compétition. Les recruteurs voulaient prendre quelques informations sur qui est Killian, comment il évolue. C’est comme ça que ça s’est lancé avec les scouts et les franchises. Et depuis, ils l’ont à l’oeil. »

La victoire dans les veines

Lorsqu’un joueur s’embarque sur le chemin menant à la NBA, de nombreuses possibilités s’offrent à lui. Intégrer un effectif professionnel à 17 ans n’est pas la plus évidente, c’est pourtant le choix qu’a fait le clan Hayes il y a deux ans déjà. Originaire de Floride, DeRon Hayes voulait que son fils intègre une High School (équivalent du lycée) de cet état. Des discussions avaient alors été entamées avec Montverde Academy, d’où sortent des meneurs désormais All‐Stars en NBA comme Ben Simmons ou D’Angelo Russell, mais les négociations n’avaient pas abouti. Dans le même temps, Yann Balikouzou avait obtenu la certitude que son joueur pourrait jouer à la fois avec les Espoirs et les moins de 18 ans à Cholet, et donc qu’il pourrait rapidement bénéficier d’une passerelle pour s’entraîner avec l’équipe première. « On s’est dit que ce serait plus simple s’il passait par cette route‐là », explique l’agent.

Lors de la saison 2016–2017, Killian Hayes remporte le championnat de France des moins de 18 ans avec Cholet, et est une nouvelle fois nommé meilleur joueur de la compétition. Puis, ses performances se poursuivent en équipe de France durant l’été, où il glane le titre européen ainsi que le trophée de MVP du tournoi. Fort de ses accomplissements tous plus impressionnants les uns que les autres, le meneur s’offre le luxe de cumuler les matchs en Espoirs et en pro la saison suivante, parfois dans la même soirée. A la fin de l’exercice 2017–2018, il remporte le championnat Espoirs et est encore une fois honoré du titre de meilleur joueur, avec des moyennes statistiques très prometteuses (16,6 points à 48% de réussite aux tirs, 3,9 rebonds et 7,2 passes décisives pour 20 d’évaluation en 31 minutes de jeu). Après quelques apparitions en Jeep Elite pendant sa saison Espoirs, il intègre définitivement l’effectif pro de Cholet pour le début de la saison 2018–2019.

Habitué à tout gagner depuis trois ans, le surdoué de la balle orange vit un début de saison difficile avec l’équipe première de son club formateur. Deux victoires seulement sur les douze premiers matchs de championnat. « Le commencement a été un peu compliqué, confesse le meneur. On a eu du mal à avoir des victoires. Mais depuis quelques matchs, il y a eu un changement de coach. Je pense qu’il nous a vraiment aidés, et maintenant on est sur une bonne lancée. » Ce nouvel entraîneur n’est autre qu’Erman Kunter, coach emblématique du Cholet Basket, revenu au club après six ans en Turquie et au Mans. Depuis son retour, Cholet est revenu à hauteur des équipes non relégables et le temps de jeu de Killian Hayes augmente au fil des matchs. Un signe fort, preuve de la confiance que lui accorde son coach, qui reste néanmoins prudent quant à l’avenir de son meneur : « Il est encore très jeune. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que c’est un joueur prêt pour une compétition comme la NBA. Il ne joue pas de coupe d’Europe, et ça par exemple ça peut être un handicap. » Toujours dans le bas du classement, Cholet n’a en effet pas vocation à disputer de coupe d’Europe la saison prochaine non plus.

« Il faut expliquer aux scouts NBA quelle est la situation à Cholet en ce moment, rappelle l’agent du jeune joueur. Parce qu’ils n’ont pas tous les tenants et les aboutissants. Par exemple, le week‐end dernier Killian s’est fait mal au coccyx. J’ai dû leur dire qu’il était juste tombé sur les fesses et qu’il est arrêté 3–4 jours. Il faut leur donner certaines infos comme ça pour les rassurer. » La vision des observateurs américains peut être biaisée par les résultats d’une équipe européenne en bas de classement, et l’image du joueur repéré peut donc en pâtir. Yann Balikouzou doit ainsi recontextualiser la situation de son joueur pour ne pas faire fuir les scouts.

Meneur athlétique, créateur, fort en pénétration dans la raquette, Killian Hayes est décrit comme très « mature » par son entourage et ses coéquipiers. De l’avis de ses pairs, ce féru de « un contre un » possède un jeu taillé pour l’esprit NBA. Mais il doit cependant encore s’aguerrir selon son coach : « Il faut qu’il progresse sur la défense et dans la gestion du ballon. C’est important de voir tout le terrain, de créer pour les autres, parce qu’il est capable de trouver des solutions en attaque avec la pénétration notamment. C’est une année d’apprentissage, l’année prochaine il devra avoir beaucoup plus d’impact que cette saison. » Pour le père du meneur choletais, Erman Kunter est la personne qui apportera un cadre extrêmement formateur à son fils : « Je connais Erman parce que c’était mon coach, et je sais comment il va faire les choses. Je regarde tous les entraînements et je vois la façon dont il prend Killian de côté pour lui apprendre. Il ne lui laisse pas faire de bétises comme les gamins peuvent en faire. Il est toujours agressif et j’aime ça parce que Killian a besoin que quelqu’un soit toujours au‐dessus de lui pour ne pas lâcher. »

Préparer ce moment sacré : la Draft

Dans un an, Killian Hayes sera dans l’année de ses 19 ans et donc éligible à la Draft 2020, un projet tout à fait viable selon son entourage et les retours des scouts à son agent. La Draft peut être considérée comme le moment clé du début de carrière d’un basketteur. Comme chaque année, les représentants des 30 franchises seront réunis à New York au mois de juin aux côtés du patron de la NBA, le commissionnaire Adam Silver. Tour à tour, ce dernier appellera les meilleurs jeunes joueurs de la planète choisis par les équipes NBA pour intégrer leur effectif la saison suivante. 30 noms au premier tour, puis 30 autres à l’occasion d’un second. Selon les observateurs, le Choletais est annoncé entre le dixième et le quinzième choix. S’il fait effectivement partie de cette fourchette, il décrochera alors un contrat de deux ans de plusieurs millions de dollars (entre 2,3 et 3,6 millions de dollars selon les estimations des spécialistes sur sa place à la Draft, contre environ 50,000€ par an aujourd’hui à Cholet) et sera quasiment assuré de jouer en NBA. La somme exacte sera déterminée par la position à laquelle il est sélectionné, selon la rookie scale (tableau répertoriant les montants de base des contrats pour les 30 premiers joueurs draftés). Plus c’est tôt dans la liste et plus le contrat est élevé.

Montants annuels de base des contrats des 30 premiers joueurs draftés en juin 2020 pour la saison 2020–2021**

**les équipes peuvent choisir de donner de 80% à 120% de ces montants à leurs joueurs draftés. Mais dans la très grande majorité des cas, les rookies (joueurs de première année NBA) en obtiennent 120%.
Source : https://basketball.realgm.com

Mais au‐delà de toute considération financière, la Draft revêt une portée symbolique. Paccelis Morlende est désormais retraité, mais il a participé à la Draft 2003 (celle de LeBron James), considérée comme l’une des meilleures de l’histoire, et a été choisi en 50ème position (soit en fin de second tour). « La Draft, ça représente l’accession à un rêve que tu as depuis gamin, avoue‐t‐il. Tu es à quelques heures de pouvoir réaliser ça. Le moment de la Draft en tant que tel c’est quelque chose de très angoissant. On est 60 au monde à pouvoir avoir ce ticket‐là. On sent une vraie pression. Et puis une fois qu’on appelle votre nom, c’est juste une délivrance et une grande fierté. »

Mais d’après Erman Kunter, la Draft peut s’apparenter à un coupe‐gorge pour certains joueurs. « Physiquement, il faut être prêt, assure‐t‐il. Rodrigue Beaubois, par exemple, est parti très tôt pour moi (drafté par Oklahoma City à 21 ans, ndlr). A l’époque je lui avais dit qu’il aurait dû attendre encore un an. Il a très bien commencé mais après il s’est blessé deux fois de suite. »

Fort de cette expérience en tant que coach, Erman Kunter transpose cette situation sur son jeune meneur de jeu dont il connaît l’envie de s’épanouir en NBA dès 2020 : « Selon moi, l’objectif d’être drafté n’est pas un objectif réel. Le but principal de Killian doit être de progresser. J’ai vu des joueurs qui n’étaient pas draftés et qui sont devenus des stars de NBA. Et j’ai vu des joueurs draftés dans les 10 premiers et on ne les voit plus aujourd’hui. C’est pas la fin du monde de ne pas être drafté. Il ne faut pas brûler les étapes, il faut attendre d’être prêt et aller en NBA le plus tard possible vers 21 ou 22 ans. »

Aujourd’hui, un joueur ne peut se présenter qu’une seule fois à la Draft. Il est donc important de bien calculer le moment le plus propice pour être choisi par une franchise NBA. Passée cette opportunité, les portes du meilleur championnat de la planète ne sont pas fermées à jamais, mais l’entrée principale est désormais close. Si ses performances sont convaincantes dans d’autres championnats, un joueur peut néanmoins tout à fait performer à l’étranger et signer un contrat en NBA plusieurs années plus tard.

Avant de pouvoir vivre pleinement cette expérience qu’est la Draft, et potentiellement jouer devant 20,000 spectateurs (et le monde entier) tous les trois soirs au lieu de 5,000 à Cholet une fois par semaine, Killian Hayes doit d’abord effectuer une dernière année concluante en Jeep Elite. S’il y parvient, cette ultime saison lui permettrait de faire monter sa cote auprès des observateurs américains. Se posera alors la question des workouts (camps de tests dans des franchises), mais en attendant, l’entourage du meneur choletais se prépare, lui, déjà à l’aventure NBA.

« Ne pas se laisser griser par le folklore NBA »

« Killian ne doit avoir à penser qu’au terrain. » Yann Balikouzou l’affirme. En tant qu’agent, il s’occupe donc de tout le reste : représentation marketing, sponsoring, communication, presse, etc. Mais en ce qui concerne le Choletais, la situation est un peu particulière. « Killian, c’est différent de mes autres joueurs, je le connais depuis toujours. » Avant de s’occuper de son talentueux meneur, Yann était l’agent de DeRon, son père. Considéré comme un membre à part entière de la famille Hayes, Yann Balikouzou bénéficie d’une « confiance aveugle » de la part de son protégé. « Tout ce que je fais, je le valide avec DeRon, explique l’agent. On réfléchit, on s’appelle 4–5 fois par jour. On met des stratégies en place pour différentes choses. Quand Killian a signé avec Cholet, il a dû le faire la veille du départ en Argentine pour le championnat du monde U17. Donc je lui ai amené le contrat à Roissy parce qu’il fallait qu’il signe l’original. Je lui ai dit “prends la bonne habitude de lire avant de signer”. Et il m’a répondu “oh non c’est bon on a déjà tout vu, signe”. Il fait confiance. Donc mon travail c’est vraiment de faire en sorte qu’il n’ait à penser qu’au terrain et pas à autre chose. » Car une fois engagé en NBA, la vie d’un jeune joueur change du tout au tout et plusieurs facteurs doivent être anticipés.

La Draft, pas une fin en soi

Paccelis Morlende (50ème choix de la Draft de 2003, aujourd’hui retraité) :

Avant d’être drafté, Paccelis a d’abord voyagé dans 16 franchises pour passer des tests (physiques, matchs, etc.) et tenter de se faire repérer par une équipe NBA. Il a notamment convaincu les Supersonics de Seattle, qui l’ont sélectionné. Pourtant, le meneur français n’a jamais foulé les parquets NBA. La raison ? « Il m’a manqué un genou », plaisante‐t‐il. « C’était pratiquement garanti que je signe un contrat, il y avait une place pour moi. Et malheureusement, pendant le deuxième ou troisième jour de la Summer League (une Ligue d’été d’entraînement, ndlr), je me suis fait une inflammation au genou et donc je n’ai pas pu finir la Ligue. C’est forcément un peu compliqué parce que, deux jours avant, tu es avec le General Manager (qui s’occupe des transactions concernant les joueurs, ndlr) et avec le coach, et on commence à évoquer le camp d’après Summer League avec l’équipe. Donc c’est sûr que c’est un peu frustrant, confesse le joueur. »

Pape Sy (53ème choix de la Draft 2010, aujourd’hui joueur au Cholet Basket) :

Un seul workout à Atlanta a suffi à Pape Sy pour être drafté. Des scouts des Hawks l’avaient repéré alors qu’il jouait au Havre en Pro A. « J’avais une promesse de draft par les Hawks », témoigne‐t‐il. Blessé au dos avant le début de la saison NBA, l’ancien Havrais a dû passer par la D‐League (aujourd’hui G‐League, championnat secondaire faisant office de succursale de la NBA) avant de réintégrer les Hawks et de disputer plusieurs matchs. Puis, en 2011, le lock‐out (grève patronale des propriétaires de franchises NBA) le coupe une deuxième fois dans son élan. « J’avais beaucoup de frustration à ce moment‐là. J’avais le sentiment de ne pas avoir pu m’exprimer la première année dès le départ à cause de ma blessure. Donc je tablais beaucoup sur cette deuxième année pour faire une saison complète, et ce lock‐out a marqué un coup d’arrêt. Ce n’était vraiment pas un bon timing pour moi. » Pape Sy a donc pris son mal en patience jusqu’en avril 2011 pour pouvoir jouer ses premières minutes sous un maillot NBA.

Selon Yann Balikouzou, « en NBA, les trois principales raisons de faillite sont les pensions alimentaires à payer, les divorces coûteux, et les mauvais investissements. » C’est pour cela que Killian Hayes a déjà un conseiller financier en France et un aux Etats‐Unis. Il lui faudra également trouver un chef cuisinier particulier une fois installé aux Etats‐Unis. L’objectif ? Etre uniquement concentré sur le basket, car la machine NBA peut rapidement faire tourner la tête lorsqu’on n’y est pas préparé.

« J’ai eu des propositions en tout genre, témoigne Paccelis Morlende. Tu es sollicité, c’est un autre univers, tu es un produit pour pas mal de personnes. Quand tu es drafté, surtout au premier tour, tu deviens d’un seul coup millionnaire donc forcément certaines personnes y voient un intérêt. J’ai vu parfois des conseillers financiers qui venaient discuter avec certains joueurs à l’hôtel ou pendant les matchs. Ca ne fait pas très professionnel. » Alors comme solution principale pour ne pas tomber dans le panneau, « il vaut mieux garder son socle familial ou de personnes que tu as depuis le départ, et ne pas se laisser griser par tout le folklore qu’on va te présenter, met en garde l’ancien joueur de Pro A. Aucun joueur n’est préparé à tout ça. Tu gagnes 500€ un jour et en l’espace de deux semaines, tu gagnes un million. Ton entourage t’aide à garder les pieds sur terre. »

Le père de Killian Hayes, lui, connaît ce milieu et a bien conscience des dangers que peut représenter une entrée dans un tel univers pour son fils. Il est donc déjà prévu que la famille Hayes suive l’enfant prodige aux Etats‐Unis s’il est drafté l’an prochain. « Je passe tous mes étés là‐bas dans la famille de mon père en Floride, raconte le jeune joueur. Du coup, je suis assez habitué au style de vie américain donc ça ira pour s’intégrer. » Franco‐Américain, le jeune joueur a également la particularité, contrairement à des joueurs comme Paccelis Morlende, de parler couramment anglais. Un avantage certain pour l’intégration, si l’on en croit le retraité. « Au départ c’était compliqué pour moi les workouts parce que je ne parlais pas un mot d’anglais. Ce qui est paradoxal, c’est qu’à chaque fois tu as 30–40 minutes d’entretien pour voir justement si tu parles un peu anglais. Je me souviens, mon premier c’était à Boston et c’était une catastrophe. En plus, j’avais été interviewé par Danny Ainge (figure emblématique des Boston Celtics, ndlr). Donc déjà j’étais un peu impressionné et en plus je ne pouvais pas en placer une, ne parlant pas anglais. Donc je pense que ç’a limité mes chances de pouvoir aller à Boston », concède‐t‐il avec humour.

Pour le moment, Killian Hayes se concentre sur l’avenir de son équipe, Cholet, qui lutte toujours pour le maintien en Jeep Elite. Son objectif bien en tête, le temps n’est pas venu d’imaginer un quelconque échec à la Draft. « Je taffe dur, le plus possible, pour me préparer pour le meilleur niveau. Si je ne suis pas choisi, c’est à voir sur le moment. Je peux pas vraiment y réfléchir. Enfin, je n’ai pas vraiment de plan B donc je fonce et je ne pense qu’à mon objectif : la NBA. »

De leur côté, Yann Balikouzou et DeRon Hayes réfléchissent à l’avenir proche de leur protégé. Doit‐il aller jouer en équipe de France jeune l’été prochain ou bien partir pour se montrer sur les terrains américains ? Quelle que soit la décision du clan Hayes, tout porte à croire que, sauf blessure, leur protégé pourrait bien porter la casquette de l’une des 30 prestigieuses franchises NBA en juin 2020.

*pour des raisons de confidentialité, David est un pseudonyme utilisé pour ce consultant car son contrat avec sa franchise NBA lui interdit de dévoiler sa véritable identité. Cet anonymat lui permet de suivre les joueurs qu’il repère sans se faire connaître.