Les assos en grève pour la défense des migrants

Une quinzaine d'associations d'aide aux migrants sont en grève mardi 9 avril pour dénoncer la dégradation des conditions de vie dans les camps.

Les associations d’aide aux migrants poussent un coup de gueule. Une vingtaine de groupes organisait lundi une grève pour dénoncer «la situation dramatique des personnes à la rue dans le Nord‐Est parisien». Les distributions de repas étaient maintenues. En revanche, les actions de communication, les réseaux d’hébergement ainsi que les maraudes de nuit étaient suspendues. Dans un communiqué, les signataires dont Utopia 56, Emmaüs, ou encore Médecins du monde, ont affirmé ne plus «accepter de suppléer un gouvernement et un État défaillant dont l’action confine à une mise en danger délibérée des personnes».

«On nous parle de crise migratoire, mais en réalité, il y a une crise de l’accueil migratoire», juge Yann Manzi, responsable chez Utopia 56, l’une des associations en grève. «Cela se caractérise par des personnes en errance depuis des mois, sans aucune prise en charge.»

«Le problème, c’est qu’on refuse de prendre notre part»

Utopia 56 dénonce les dernières mesures prises par le gouvernement en matière d’immigration. En ligne de mire, la controversée loi asile‐immigration. «Ça n’a rien réglé», tranche Yann Manzi. Depuis cette loi, toute personne souhaitant engager une procédure de régularisation doit préalablement prendre rendez‐vous par téléphone. «Sauf que prendre un rendez‐vous prend au minimum trois semaines à un mois !». Les associations jugent inefficaces les mesures de dispersion. «On cherche à “invisibiliser” les problèmes en sortant les réfugiés de Paris. On les cache sous les ponts ou derrière le périph’ pour que cela ne se voit plus», s’alarme le responsable d’Utopia 56.

Les associations veulent également sensibiliser l’opinion à quelques semaines des élections européennes. «La solution est européenne. Le problème, c’est qu’on refuse de prendre notre part», regrette Yann Manzi. Les grévistes plaident pour une révision du règlement de Dublin. Cette réglementation européenne confie l’examen d’une demande d’asile d’un réfugié au premier pays dans lequel il a été contrôlé. «Cela fait tout peser sur la Grèce et l’Italie», explique le responsable d’Utopia 56.

En revanche, ces groupes s’estiment soutenus par la mairie de Paris. «Le centre de premier accueil mis en place porte de la Chapelle était une bonne idée, souligne Yann Manzi, même si elle renvoyait les réfugiés vers les dispositifs du règlement de Dublin». En mars 2018, ce centre a été fermé et remplacé par cinq nouveaux lieux d’accueil répartis en Île‐de‐France. «Cela montre qu’on peut prendre des mesures efficaces», juge le responsable d’Utopia. «Ce qui est dommage, c’est qu’on en a fait des centres de tris, où il y a des “bons” exilés et des “mauvais” exilés.»