De nouveaux Champs‐Élysées pour 2024 ?

Mercredi matin, l'architecte Philippe Chiambaretta a dévoilé son projet de réaménagement des Champs-Élysées à l'horizon 2024. Une avenue plus verte et plus piétonne, qui s'inscrit dans les chantiers de réaménagement de l'espace public parisien voulus par Anne Hidalgo.

La «plus belle avenue du monde» va‐t‐elle faire peau neuve ? C’est ce qu’espère le Comité des Champs‐Élysées. Il a missionné l’architecte Philippe Chiambaretta pour réfléchir à l’avenir d’un des sites touristiques les plus visités de Paris. Dévoilant son projet mercredi 10 mars au matin, l’urbaniste a annoncé vouloir «ré‐enchanter l’avenue».

Un ré‐enchantement qui passe d’abord par la réduction de la place accordée aux voitures, notamment en réduisant de moitié la chaussée de l’avenue, qui compte aujourd’hui deux fois quatre voies. Cela permettrait l’agrandissement des trottoirs qui seraient aménagés selon leur exposition : le côté le plus ensoleillé accueillera des terrasses.

Le projet fait la part belle aux «mobilités douces», terme qui comprend habituellement les piétons, vélos et trottinettes électriques. En plus de la piste cyclable, longue de deux kilomètres, déjà en construction, Philippe Chiambaretta veut créer plus d’espace pour les piétons au niveau des jardins, près de la place de la Concorde et de l’Arc-de-Triomphe. Son carrefour giratoire, cauchemar des automobilistes parisiens, pourrait même être réaménagé en fonction des saisons : accueillir Paris Plages en été, une patinoire géante en hiver, un jardin ouvert au printemps.

Mais le Comité n’a aucun pouvoir de décision quant à l’urbanisme de l’avenue. Il a présenté le projet aux élus parisiens, aux différents candidats aux municipales de 2020 et même à l’État. En espérant que quelqu’un s’en saisisse.

Restaurer une image de luxe

L’avenue a déjà commencé son relooking. De nouvelles enseignes s’installent dans de gigantesques espaces : l’Apple Store à l’automne 2018, les Galeries Lafayette, également conçues par Chiambaretta, fin mars 2019, Nike en décembre 2019… Le Comité se targue également de la venue d’un hôtel de luxe doté d’une piscine à débordement et de rooftops.

Tout un programme, à la hauteur des ambitions du Comité des Champs‐Élysées. L’association à but non lucratif, fondée en 1916, qui vise à promouvoir l’image de l’avenue et à défendre les intérêts économiques de ses commerçants, souhaite redorer le blason des Champs. Un blason terni, selon son président, Jean‐Noël Reinhardt, par le délabrement des trottoirs, le flot ininterrompu de voitures et dernièrement, les dégâts lors des manifestations des Gilets jaunes.

Une enquête Ifop, réalisée en février dernier auprès de 1011 habitants du Grand Paris, dont 589 Parisiens, semble lui donner raison. 40% des Parisiens habitant dans le centre de la capitale estiment que le surnom de «plus belle avenue du monde» n’est pas légitime. Quand les sondés doivent qualifier l’avenue, ils préfèrent «bruyante», «artificielle», «stressante» et «dangereuse».

Paris de plus en plus vert avant 2024

Si le projet était adopté, ce ne serait que le dernier‐né d’une longue liste de travaux de réaménagement de l’espace public parisien. La Ville de Paris a notamment lancé les chantiers de sept places parisiennes : Bastille, le plus ambitieux, Nation, Gambetta, Panthéon, Madeleine, Fêtes et Italie. Au programme : plus de place pour les piétons et autres mobilités douces, espaces végétalisés, mobilier urbain qui devrait transformer ces lieux de passages en lieux de vie. Tous ces travaux devraient s’achever fin 2019. Ou du moins avant les municipales de 2020.

Anne Hidalgo, pas encore officiellement candidate à sa propre succession, a fait de la lutte contre le règne de l’automobile son cheval de bataille. À grand renfort de piétonisation et de construction de pistes cyclables. Des projets qui ont cristallisé les tensions, comme l’interdiction des voies sur berges aux voitures.

Mais les équipes de la maire ont annoncé vouloir aller plus loin, avec la piétonisation du centre historique de la capitale. Les quatre premiers arrondissements seraient concernés, et avec eux les quartiers touristiques de Notre‐Dame, le centre Pompidou, le Marais et les Halles. Cette zone est déjà réservée aux piétons et mobilités douces lors de l’opération «Paris Respire». Pour l’instant limitée au premier dimanche du mois, elle devrait devenir hebdomadaire. Avant une piétonisation complète «lors d’une prochaine mandature».