Les Israéliens de Paris ont dû prendre l’avion pour aller voter

En Israël, plus de 71% des électeurs ont fait le déplacement aux urnes pour élire leurs représentants au parlement du pays. La liste du Premier Ministre et celle de son allié, Benny Gantz, sont au coude à coude avec 35 sièges chacune. Mais pour certains israéliens établis à l'étranger, voter n'est pas une évidence.

Les Israéliens auront bientôt un nouveau gouvernement mais tous les ressortissants franciliens de l’État hébreu n’auront pas pu le choisir. Si les électeurs ont placé au coude‐à‐coude, mardi 9 avril, le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou (Likoud, droite) et son opposant Benny Gantz (Bleu‐blanc, centre‐droit), seuls ceux présents sur le territoire le jour du scrutin ont pu voter. Contrairement, par exemple, à ce qui se passe en France, où des bureaux de vote sont ouverts à l’étranger pour les électeurs expatriés.

Yoël Rutbi, délégué à Paris du Keren Hayessod, un organe étatique israélien chargé de récolter des fonds pour financer l’Alya, l’immigration des juifs en Israël, explique en effet «qu’il n’est pas possible pour les Israéliens de voter en dehors du pays». «J’ai reçu une dizaine d’appels de personnes en France me demandant comment faire pour aller voter à l’ambassade», ironise cet employé de l’État hébreu. «Je leur ai dit dit qu’il leur restait une seule possibilité, tenter de prendre un avion pour arriver avant la fermeture des bureaux de vote.»

Exception pour les fonctionnaires

Seuls les fonctionnaires de l’État israélien en mission à l’étranger, comme les ambassadeurs, font exception. Yoël a donc pu voter sans quitter Paris, à la différence de Jean‐David Cohen, un avocat franco‐israélien installé dans la capitale. Cependant, cet avocat considère que «c’est totalement logique que les non‐résidents ne puissent pas voter». Il explique qu’en Israël, «ce n’est pas une condition de nationalité qui s’attache à la qualité d’électeur, mais une condition de résidence» : «Lorsque l’on ne vit pas dans un pays et que l’on n’y paye pas ses impôts, on ne doit pas se mêler de sa politique.»

Cependant, bien qu’il n’existe aucun chiffre officiel, chaque année des centaines, voire des milliers de citoyens israéliens établis hors du pays prennent l’avion pour se rendre aux urnes. Dov Alfon, journaliste et éditeur israélien installé à Paris, explique que les jours qui précèdent et qui suivent les élections israéliennes, «le nombre de vols charters en direction d’Israël est multiplié par trois».

Depuis son installation dans la capitale française, il a fait le voyage deux fois pour déposer son bulletin dans l’urne de son bureau de vote à Tel‐Aviv. Mais cette année, son travail l’en a empêché et il regrette de ne pas avoir pu exercer son droit.

Un budget à prendre en compte

Voter aux élections israéliennes, pour un citoyen non‐résident, représente une contrainte d’emploi du temps mais également un coût financier. Depuis qu’il est installé à Paris, Dov explique que les années d’élection, il «prévoit dans ses finances le budget nécessaire pour aller voter, comme beaucoup d’Israéliens établis hors du pays». Selon lui, cette contrainte budgétaire «pousse certaines personnes, comme les étudiants par exemple, à renoncer à leur droit de vote».

C’est la quatrième fois en dix ans que les électeurs israéliens étaient appelés à élire la Knesset. Résidents de l’État hébreu ou expatriés ayant fait le déplacement, ils sont plus de 71% à avoir voté mardi.