Les associations d’aide aux migrants soulagent aussi les riverains

Ce mardi, une quinzaine d’associations d’aide aux migrants étaient en grève pour dénoncer l’inaction de l’État dans la gestion de la crise migratoire. Dans les quartiers concernés par l’afflux de migrants, comme porte de La Chapelle (Paris 18e), l’action de ces associations est aussi importante pour les riverains.

 

 

«Quand ils débarquent ici, ces migrants sont perdus. Ils errent. Les associations apaisent beaucoup la situation. Ils échangent avec eux, leur parlent, les orientent», raconte Diao, père quadragénaire qui habite porte de la Chapelle. Ce quartier du nord de Paris (XVIIIearrondissement) concentre depuis cinq ans l’arrivée de migrants. «La porte de la Chapelle est en connexion directe avec la gare du Nord, soit l’accès au Royaume‐Uni ; mais comme ils n’arrivent pas à passer, les migrants restent ici», explique une collaboratrice de la mairie du XVIIIe. «Et à force, le lieu est devenu connu des migrants qui arrivent dans la région.»

Cette concentration de migrants à la rue pose «évidemment» des problèmes dans le quartier, soupire Pierre‐Yves Bournazel, conseiller municipal de la mairie du XVIIIe et député centre‐droit de Paris. Hygiène, sécurité, trafics, bruit et promiscuité… Divers problèmes «d’occupation de l’espace public, de gestion alimentaire, de propreté ont émergé», explique Gérald Briant, adjoint (PCF) au maire du XVIIIe. «Les campements bougent régulièrement», raconte Patricia, la cinquantaine, qui vit depuis quinze ans rue de la Chapelle. Au gré des démantèlements et dispersions. «Mes enfants se sont déjà retrouvés à devoir traverser au milieu de toutes ces cochonneries pour aller à l’école…» Même si les distributions de nourriture occasionnent des attroupements et parfois des tensions, Patricia salue l’action des associations, estimant qu’elles «atténuent» les problèmes d’hygiène et d’errance.

«Personne n’aime voir ses trottoirs envahis, avoir à faire le tour, enjamber les saletés», soupire Marie, qui habite près de Stalingrad (XIXe). Cette retraitée est venue au rassemblement, place de Stalingrad, soutenir la quinzaine d’associations d’aide aux migrants en grève pour dénoncer l’inaction de l’État. «On se sent solidaire, on a surtout de la peine pour les migrants à la rue. Beaucoup de riverains donnent un peu d’argent ou d’affaires», raconte la vieille dame. «Ils ne parlent pas forcément, donnent en hâte, sans s’attarder, mais donnent.»

Soulager le quartier

Patricia descendait couvertures, oreillers, eau et nourriture aux migrants en bas de chez elle, rue de la Chapelle. «Ce n’est pas normal qu’ils soient à la rue, pas normal que l’État ne fasse rien», s’énerve-t-elle. «Pas normal non plus qu’ils atterrissent dans des quartiers qui connaissent déjà des difficultés». Porte de la Chapelle, on se débat déjà avec le trafic de crack et la prostitution. «Sur le plan de l’urbanisme, c’est un quartier compliqué, coincé entre le périphérique, l’autoroute et un grand axe nord‐sud», explique la collaboratrice de la mairie du XVIIIe. Patricia estime que l’afflux de migrants «appauvrit encore davantage des quartiers difficiles.» «Les pauvres ne sont pas les mieux placés pour se charger de la misère du monde», philosophe‐t‐elle, attablée comme à son habitude au Pari’go, petit bistrot situé porte de la Chapelle.

Pour Pierre‐Yves Bournazel, l’élu du XVIIIe, «les riverains ne sont pas excédés par les migrants, ils sont excédés par l’inaction de l’État. Il y a une vraie demande de prise en charge des migrants à la rue». C’était l’idée du centre d’hébergement de la porte de la Chapelle, qui a ouvert pour deux ans, entre 2016 et 2018, et «soulageait le quartier», selon une collaboratrice de la mairie du XVIIIe. L’État devait le réimplanter autre part, mais rien n’a été fait. Ce centre avait fait l’unanimité chez les élus municipaux de tous bords, pour faire face à une situation «indigne», «pour les migrants (…) et pour les riverains», comme le disait déjà Pierre‐Yves Bournazel en 2016.

Le centre, comme l’action aujourd’hui des associations, «c’est mieux que rien», estime Patricia. «Mais tant qu’on fera du “mieux que rien”, l’État ne fera pas face au problème». Alors, elle regarde de loin les associations agir, leur «tire (s)on chapeau», mais pense qu’elles ne font «pas le poids» face au problème. «Elles n’ont pas assez de moyens, elles soulagent mais ne guérissent pas.»

Pierre‐Yves Bournazel abonde. «Les réponses des riverains, des associations et des collectivités locales sont des réponses de court‐terme», explique‐t‐il. «Il faut que chacun prenne sa part, aux niveaux régional, national et international. »