Quel impact aurait la privatisation d’Aéroports de Paris sur notre vie quotidienne?

Alors que la privatisation d’Aéroports de Paris prévue par le gouvernement dans la loi Pacte est à nouveau débattue au Sénat, des parlementaires ont engagé une procédure inédite pour organiser un référendum d’initiative partagée pour contrer cette mesure. Si le projet était adopté, quel impact pourrait-il avoir sur notre vie quotidienne?

C’est le projet de privatisation à l’étude le plus important au monde. La privatisation d’Aéroports de Paris, actuellement débattue au Sénat, soulève les passions. Elle est à l’origine d’une procédure inédite lancée par l’opposition pour organiser un référendum d’initiative partagée contre le projet. Si la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) est adoptée, l’Etat ne sera plus obligé de détenir la majorité du capital d’Aéroports de Paris, actuellement à 50,63% pour un montant évalué à 9,5 milliards d’euros, ouvrant la voie à une privatisation.

Quelles conséquences pour les riverains ?

Gérard Bouthier, le président de l’association DRAPO, Défense Riverains Aéroports Paris‐Orly, s’inquiète de possibles conséquences pour les 1,9 million d’habitants des 251 communes survolées à moins de 3000 mètres d’altitude par les avions d’Orly.  «On craint que la privatisation rende faible l’État et aboutisse à une dérégulation, qui augmentera encore significativement le trafic au‐dessus de nos têtes et aggravera des problèmes de santé publique déjà existants», explique‐t‐il. Depuis quatre mois, de nombreux organismes comme Bruit Paris, Air Paris ou encore l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) travaillent à établir une relation entre le survol et des problèmes de santé publics. Une problématique sanitaire qui s’ajouterait aux nuisances sonores que redoutent déjà certains riverains membres de l’association. Un argument qui n’est cependant pas encore à l’ordre du jour, car le gouvernement a promis de renforcer les contrôles s’il n’était plus actionnaire, et de nombreux amendements déposés demandent des régulations strictes si la loi Pacte est adoptée.

Pourtant, dans le cas de l’aéroport de Toulouse, cette théorie s’est vérifiée. «Cet exemple est un argument valable assure Gérard Bouthier. L’aéroport a été privatisé il y a 4 ans par une société chinoise, qui voit seulement la plateforme comme une activité rémunératrice», dénonce le président de l’association, qui tient à préciser que «cette privatisation ne portait que sur 49% des parts, et l’opérateur fait déjà ce qu’il veut. Dans le cas d’ADP, l’État veut vendre plus de 50% des parts et n’aurait plus la majorité du capital, cela est très inquiétant.»

Et pour les voyageurs ?

Une étude du cabinet McKinsey pour le compte de l’Association internationale du transport aérien (AITA) a montré que la privatisation des aéroports s’accompagnait quasiment à chaque fois d’une hausse des tarifs pour les compagnies aériennes. Pour chaque atterrissage d’A320 dans les aéroports qui ont été privatisés en Europe, les compagnies aériennes ont dû payer 4 à 12% de plus, une hausse qui influe directement sur le prix du billet. Aujourd’hui, son prix comprend les taxes d’aéroport, qui devraient rester les mêmes, les redevances que paient les passagers et les taxes payées par les compagnies pour financer les infrastructures, qui seraient les plus susceptibles d’augmenter.  Les auteurs de cette étude soulignent également que l’efficacité opérationnelle des aéroports privatisés ne seraient pas supérieure de beaucoup à celle des aéroports publics. Et si les Aéroports de Paris possèdent déjà une des redevances les plus chères d’Europe, ils ne se classent qu’au 37e rang des meilleurs aéroports mondiaux.  Pour rassurer, le gouvernement rappelle que la concession sera limitée à 70 ans.