Brexit‐couple : «La relation à distance sera forcément plus compliquée»

Sam et Inès se sont rencontrés quelques semaines avant le vote du Brexit. Aujourd'hui en couple à distance, ils s'inquiètent des conséquences, pour eux, du divorce européen.

Le contraste entre eux est saisissant. Elle parle fort, jetant de tous côtés ses mains et les mèches brunes de ses cheveux défaits. Sur la chaise voisine, il sourit poliment, se tient très droit dans sa chemise à carreaux. Outre leurs caractères respectifs, une chose sépare Inès et Sam : la Manche.

Les deux amoureux sont ce qu’on appelle un couple‐Erasmus, du nom de la bourse européenne d’échange pour les étudiants. «Je suis partie un an étudier à Aberdeen, en Ecosse, raconte Inès. On est tous les deux fans d’électro, on s’est rendu compte après coup qu’on avait été quarante fois aux mêmes soirées avant de se croiser.»

Ils se fréquentent depuis quelques semaines quand tombent les résultats du Brexit. «On était chez des amis, on buvait prenait l’apéritif. Personne ne pensait que ça passerait», se souvient Sam. Même si l’Écossais tient à préciser qu’il «respecte la valeur du vote»,  le couple se dit fortement opposé au Brexit «comme toutes les personnes de moins de trente ans, insiste Inès. En Écosse, personne n’a voté oui à part quelques personnes âgées qui ne verront pas les conséquences à long terme.»

«Au début, ça ne m’inquiétait pas du tout car tout était flou et lointain. Cependant, ces dix derniers mois, j’ai commencé à être plus anxieuse à propos de ça», explique la jeune française.

Ce qui lui fait peur ? Les lourdeurs administratives en cas de frontières plus strictes : «C’est une complication supplémentaire sur une relation qui comprend déjà son lot de difficultés.» «May a promis le séjour sans visa jusqu’à trois mois, c’est déjà une bonne assurance pour nous de pas être bloqués au poste de frontière», se rassure‐t‐elle.

De son côté, le jeune homme souligne l’aspect financier du problème : «Les billets d’avion vont forcément énormément augmenter. Notamment à cause de l’inévitable baisse de la livre.»

Inès s’inquiète aussi pour l’avenir professionnel de son amoureux, qui se destine à une carrière de chercheur : «Celle‐ci étant au Royaume‐Uni, largement subventionnée au niveau européen. Il apprend le français dans l’éventualité qu’on s’installe en France ensembles à Paris.»

Une éventualité à laquelle Sam se prépare «depuis l’année dernière». «Si on constate que le Brexit nous empêche de nous voir quand bon nous semble, je serais prêt à déménager rapidement en France ou même dans un autre pays européen pour que cela n’endommage pas notre relation.»

Malgré les inquiétudes, les tourtereaux se s’estiment «chanceux». «Nous ne sommes pas les plus à plaindre, se console Sam, certains ne pourront pas s’offrir le luxe de se voir pour maintenir leur relation. Nous avons aussi la chance de travailler dans deux secteurs, la finance et les sciences, qui permettent de s’expatrier relativement facilement», renchérit sa petite amie.