Inès Madani et le groupe Ansar Dawla jugés pour association de malfaiteurs à visée terroriste

Le procès d’Inès Madani, connue pour le projet d’attentat avorté à la bonbonne de gaz près de Notre-Dame, a démarré mercredi. Elle est jugée jusqu’au 12 avril devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris et est poursuivie pour association de malfaiteurs à visée terroriste.

Dans la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Inès Madani est enfermée dans un box. À tout juste vingt ans, ses traits sont tendus, comme ses cheveux rassemblés dans un chignon serré. Le teint pâle, elle se frotte les yeux à intervalles réguliers. Elle attend mais ne sera pas entendue de la journée : dans le box, elle n’est pas seule. À ses côtés, deux hommes sont surveillés de près par des policiers. Inès Madani et eux ne se sont jamais rencontrés avant. L’un d’eux, Cüneyt K., sera entendu juste avant elle.

Pour ces deux hommes, Inès Madani s’est longtemps appelée Abou Souleymane : son nom de guerre sur Ansar Dawla, le groupe de discussion qu’elle co‐animait avec Cüneyt K. sur l’application cryptée Telegram. Ce groupe, créé par le jeune homme lui‐même avait pour but de faciliter le départ en Syrie de sympathisants de l’autoproclamé État islamique et de commettre des attentats en France et en Belgique. Ce mercredi, Cüneyt K., est le premier des trois prévenus à être entendu.

«Mon objectif était d’attaquer l’armée de Bachar»

Après avoir longuement présenté les faits, Isabelle Prévost‐Desprez, la très incisive présidente de la 16e chambre, demande à Cüneyt K. de se lever. Debout, il répondra aux questions de la juge pendant plusieurs heures. Chemise à carreaux et barbe fine, sa voix est posée. Le prévenu décrit une adolescence compliquée où il cherche sa place entre un père musulman et une mère athée, divorcés quand il était petit. Sa jeune vie est marquée par une relation brisée avec ses parents. À 18 ans il bascule et celui qui, enfant, mangeait du porc, se réclame soudain d’un islam rigoriste alors que sont arabe est «très basique».

Tranquillement, le jeune adulte raconte. D’abord, son départ en Syrie en 2014, avorté après s’être fait renvoyer en France dès son arrivée à Istanbul. «Si je n’allais pas là‐bas, je ne savais pas où aller. J’étais en rupture avec mon père et ma mère», assure‐t‐il. Cüneyt K. se dit «obsédé» par Bachar el‐Assad et par les horreurs qu’il commet en Syrie. «Mon objectif c’était Bachar. C’était d’attaquer son armée», affirme‐t‐il.

Lors d’une perquisition la police saisit chez lui des vidéos et des images de propagande de l’État islamique. Les agents trouvent aussi une photo sur laquelle il pose avec des poulets qu’il vient d’égorger.  «J’avais envie de montrer l’image de quelqu’un courageux», explique‐t‐il. «Il ne faut pas être très courageux pour égorger des poulets !», répond la présidente du tac au tac. 

Puis Cüneyt K. parle de son rôle au sein du groupe de discussion. «Vous étiez l’émir [du groupe Ansar Dawla] c’est ça ?», demande la présidente. «Oui», répond l’homme avant d’ajouter quelques minutes plus tard : «Ce n’est rien du tout, je suis un chef à la va vite !» 

«Je voulais que les gens me voient fort !»

Puis, le jeune homme réfute avoir vraiment voulu organiser un attentat : pour lui il n’y a jamais eu de projet concret. Le but était de rejoindre l’État islamique en Syrie: «La réalité, c’est que tout le groupe [Ansar Dawla] voulait partir [en Syrie]. Moi je voulais que les gens me voient fort !» Dans le documentaire Les soldats d’Allah, Cüneyt K. est en effet filmé par un journaliste et parle de son «obsession pour la mort en martyr.» Devant le tribunal il dit désormais «s’être laissé emporter par la propagande de l’État islamique». 

De nombreux messages où il évoque de possibles attentats sont aussi interceptés par la Direction Générale de la Sécurité Intérieure qui le surveille. Pour lui ce ne sont que des blagues : «Le fait qu’on rigole beaucoup des attentats montre que c’était pas sérieux.» Il n’est pas certain que la présidente soit d’accord avec ce constat.