Quelle est la ligne de métro la plus bruyante ?

Armés de notre sonomètre, nous avons parcouru sept lignes de métro, tram et bus. Étonnamment, les lignes les plus modernes ne sont pas forcément les plus silencieuses. Mais y a-t-il un risque pour notre santé ?

Avant de parler bruit, il faut savoir le mesurer. Le mot «décibel» doit sans doute vous parler. En revanche, la grandeur «80 décibels», ne doit pas vous être aussi familière. À moins que vous soyez DJ, mais ce n’est pas grave, continuez quand même à lire cet article. Un bruit de 80 décibels c’est justement le seuil à partir duquel une exposition au bruit à long terme peut être dangereuse.

Pour avoir une idée de ce que cela représente, nous avons glissé notre sonomètre dans une chambre en pleine nuit (en toute légalité, rassurez‐vous). L’appareil affichait 20 décibels, difficile de faire moins. Dans une rue moyennement fréquentée on tourne autour de 60 décibels. Au passage d’une moto très bruyante, l’écran affiche 90 décibels. Si deux motos passaient en même temps on n’aurait pas 180 décibels mais 93. En effet, les décibels sont capricieux, ils ne s’additionnent pas entre eux. Et pour entendre un son deux fois plus fort il ne faut pas le multiplier par deux, mais y ajouter 10 décibels. Et si vous vous tenez derrière une fusée au décollage (ce que nous vous déconseillons fortement), vous seriez exposé à 180 décibels, et perdriez immédiatement l’usage de vos oreilles. Mais ce serait le moindre de vos soucis, puisque vous seriez sans doute mort.


Six lignes, six ambiances

Ces considérations faites, attaquons‐nous à la ligne 8 du métro parisien. Dans une station peu fréquentée, sans train à quai, l’ambiance sonore est proche de 50 décibels. Mais lorsque le métro arrive, tout s’emballe. 93 décibels. Une fois à l’arrêt, ça va mieux, on peut de nouveau s’entendre parler… Si entre‐temps l’engin ne dégaze pas (ce bruit d’air comprimé qu’on entend régulièrement et qui émet 87 décibels). Et si vous en voulez encore, vous n’avez qu’à attendre la fermeture des portes, qui émet 82 décibels !

Une fois assis dans le métro, vous ne serez pas mangé à la même sauce que vous voyagiez sur la ligne 11 ou sur la 9. Sur la 11, qui roule avec des rames construites au début des années 1960, le bruit est constamment à 80 décibels voire plus. En comparaison, sur la place de la République avec un fort trafic, on atteint les 75 décibels.

Sur la ligne 8, dont les rames datent de 1978, le bruit est tout aussi fort. À certains passages, comme entre les stations La Tour – Maubourg et Invalide, le crissement des rails est tellement fort qu’il atteint 91 décibels.

Mais curieusement, les rames de la ligne 6, plus anciennes (1974), sont plus silencieuses et n’émettent en moyenne que 74 décibels. Même si à certains moments d’accélération on peut atteindre 80 décibels.

Pour continuer dans le paradoxal, les rames de la ligne 1, construites en 2008, émettent autant de bruit que celles de la ligne 6 datant du siècle dernier.

Quant à la 14, dont la rame dans laquelle nous voyagions fut construite entre 1994 et 1997, elle est plus bruyante que la 6, avec en moyenne 79 décibels. Même si elle est presque aussi sonore que les lignes 11 et 8, le trajet est plus agréable car le bruit beaucoup plus grave. Comme l’explique Matthieu Simeau, chef de projet bruit des transports à Bruitparif, «le système auditif et la forme du pavillon de l’oreille font qu’on a tendance à filtrer les bruits graves pour mieux entendre les bruits aigus». Autre confort de la 14 : le «bip» de fermeture des portes n’émet que 75 décibels, contre 82 sur la 8. Et la différence se ressent !

La médaille de la ligne la plus silencieuse revient à la ligne 9, avec des rames sorties d’usine en 2006. Seulement 54 décibels sont captés à bord. Elle émet tellement peu de bruit qu’on entend davantage les passagers que la machinerie.

La RATP affirme lutter contre le bruit à l’aide d’une équipe de six ingénieurs acousticiens et ingénieurs mécaniciens. Ils ont alors développé des «dispositifs insonorisants sur la roue» réduisant le bruit de 10 décibels en virage. Ainsi que de nouvelles plaquettes de freins qui réduisent le bruit de crissement en fin de freinage.


Des risques pour la santé ?

Mais tout ce bruit, est‐ce dangereux ? Selon l’OMS, «un niveau sonore dangereux peut être, par exemple, l’exposition à plus de 85 décibels pendant huit heures ou plus de 100 dB pendant 15 minutes». Mais pour Matthieu Simeau de Bruitparif, si dans une journée il n’y avait que le bruit du métro, il n’y aurait pas d’impact sur notre santé. «Mais le cumul des expositions au cours de la journée peut, à l’échelle d’une vie, avoir des incidences sur la fatigue, la qualité du sommeil, le risque d’AVC, la concentration…». Selon une récente étude Bruitparif, un Francilien perd dix mois de vie en bonne santé à cause du bruit lié aux transports.

Mais d’ici là, restez vivants, prenez le bus. En plus de voir du paysage, vous ne serez exposé qu’à moins de 60 décibels en moyenne !