Inès Madani, l’apprentie djihadiste qui voulait «rendre service»

Ines Madani, connue pour le projet d’attentat avorté à la bonbonne de gaz près de Notre-Dame, a été entendue lors du deuxième jour de son procès pour des faits plus anciens. La jeune femme est poursuivie pour association de malfaiteurs à visée terroriste. Elle était membre d’un groupe Telegram qui organisait des départs vers la Syrie et projetait des attentats en France et en Belgique.

Devant la 16e chambre du tribunal de Paris, c’est Inès Madani qui se présente pour expliquer les actes d’un jeune homme, Abou Souleymane, l’alias virtuel de la jeune femme. Dans Ansar Dawla, un groupe qu’il co‐anime sur l’application Telegram, Abou Souleymane organise le départ en Syrie de sympathisants de Daesh et projette des attentats en France et en Belgique. Il se présente comme étant «revenu de Syrie après avoir combattu pour l’État Islamique», détaille la juge.

Appuyée à la barre, la jeune femme, âgée de 21 ans, témoigne, debout, malgré une santé difficile et un visage fatigué. Un gilet gris sur les épaules, elle parle peu et doucement. La plupart du temps elle se contente de confirmer, par un «oui», peu audible, les propos de la présidente.

Au collège, elle se destine à une carrière d’auxiliaire de vie. Mais la voie lui est fermée «à cause d’une sciatique et d’une hernie discale». Et la jeune fille se retrouve, malgré elle, à étudier la comptabilité. Elle s’ennuie beaucoup et démarre un parcours chaotique.   

Plus tard, elle envisage de partir en Malaisie «car c’est un beau pays, musulman.» Elle veut y construire un orphelinat avec Ahmed, qu’elle rencontre et qui veut l’épouser. Le projet tombe à l’eau.

En janvier 2014 Inès Madani prête de l’argent à Anissa M. une amie décrite par la juge comme «ayant des problèmes d’équilibre mental, et une emprise» sur elle. Une partie de la somme qu’Inès Madani lui verse pour l’aider, permettra à Anissa M. d’essayer de partir avec son fils pour rejoindre l’État islamique. Anissa M. propose à Inès Madani de l’accompagner, alors qu’elle a tout juste 17 ans, elle refuse. Anissa M. parvient finalement à rejoindre la Syrie et continue d’inciter Inès Madani à venir.

Depuis la Syrie, Anissa M. la met en contact avec Abou Barou, un djihadiste français d’origine sénégalaise. L’homme vit en Syrie et est connu pour sa brutalité et sa violence. «Il a même fait un mois de prison sous l’État islamique pour avoir tué un général syrien fait prisonnier, avant que celui‐ci ne soit présenté à Abou Bakr Al‐Baghdadi (le chef de Daesh)», résume la présidente. 

«J’étais flattée de parler avec un combattant de l’État islamique»

Inès Madani gagne la confiance d’Abou Barou et gère un de ses comptes Facebook . Rapidement, elle monte en grade. Comme «il [lui] fait confiance», Abou Barou lui propose de prendre le pseudonyme d’Abou Souleymane, pour recruter des sympathisants. La jeune femme dit d’abord ne pas se sentir à la hauteur. Mais fascinée par l’image d’Abou Barou qu’elle trouve «courageux», elle finit par accepter de prendre le risque de se faire attraper. «Le courageux il est encore là‐bas alors que vous êtes ici !» fait sévèrement remarquer la présidente.

Il lui demande de recruter des femmes pour un départ vers la Syrie et des hommes pour commettre des attentats en Europe.  «J’étais flattée de parler avec un combattant de l’État islamique», explique‐t‐elle, fébrile, «je l’avais vu sur des vidéos de propagande.»

Au téléphone, pour se fondre dans le rôle du double virtuel qu’elle incarne, Inès Madani travestit sa voix. Mais chaque fois que le personnage d’Abou Souleymane doit se montrer, c’est elle qui se présente, feignant d’être sa soeur. Dans le documentaire, Les soldats d’Allah, diffusé sur Canal +, Inès se présente pour remettre une lettre d’instructions de la part d’Abou Souleymane au journaliste infiltré qui filme la scène. Dans la lettre, Inès Madani parle d’organiser une attaque «dans une boîte de nuit ou un de ces endroit fréquenté par des pervers dégueulasses.»

Durant l’interrogatoire, c’est une impression étrange que de voir une jeune fille timide que sa propre présence semble déranger. Une jeune fille qui dit n’avoir «jamais rien fait de [sa] vie.» Une jeune fille qui s’est tenue en retrait pendant la première confrontation avec ses co‐prévenus, membre d’Ansar Dawla, qu’elle n’avait jamais rencontré. «On sentait que vous essayiez de dire ce qui va faire plaisir à certains», fait remarquer la juge.

Avant d’ajouter, bienveillante mais ferme : «Vous pensez toujours que vous rendez service, que c’est unilatéral. Il faudrait peut‐être commencer à penser à vous.» Long silence. Inès Madani s’assoit quelques minutes plus tard, accablée. Son procès se termine demain.