Les parcs zoologiques restent plébiscités en France malgré les remises en question

Avec plus de 300 parcs et vingt millions de visiteurs en 2018, les zoos et parcs animaliers continuent d’être largement plébiscités par les Français. Une bonne santé nuancée par des contestations éthiques, et une coûteuse injonction à la modernisation.

Ce vendredi, le zoo de Vincennes fête les cinq ans de sa réouverture, après des travaux massifs d’un coût de 167 millions d’euros. Sa rénovation n’a pas encore séduit les Parisiens, avec une fréquentation en baisse de 1,5 million en 2014 à 516 000 visiteurs en 2018. Toutefois, le Parc zoologique de Paris fait figure d’exception en France. Avec vingt millions de visiteurs l’année dernière, soit près d’un Français sur trois, les parcs animaliers se sont rarement aussi bien portés.

Les parcs animaliers, comme les zoos ou les aquariums, ont vu leur nombre doubler en France en l’espace de dix ans. S’il y avait 150 établissements en 2007, ils sont aujourd’hui près de 300 répartis sur l’ensemble du territoire. Dans le monde, le nombre de visiteurs des parcs zoologiques est estimé à 800 millions, soit près d’un dixième de la population mondiale. Végétation luxuriante, serres pour les oiseaux, larges espaces reproduisant les conditions de vie sauvages des animaux… Ils n’ont plus rien à voir avec les établissements insalubres, artificiels et grillagés qui pouvaient exister dans les années 1960–1970.

Zoo de Londres, 1972. Crédits : Sue Gilbert

Dans l’imaginaire collectif, la figure du zoo s’est elle aussi transformée. La raison principale : le tournant effectué par la plupart des parcs en faveur de la préservation et de la conservation des espèces. Au Parc zoologique de Paris, par exemple, le lémurien de Madagascar ou le puma du Chili font l’objet de programmes de protection spécialisée. Comme l’écrit l’Association mondiale des zoos et des aquariums (WAZA) sur son site web, les parcs du réseau WAZA seraient aujourd’hui «le troisième bailleur de fonds mondial de la conservation», avec environ 300 millions d’euros par an.

Le «potentiel mignon» de certains animaux, comme les bébés pandas du Zoo de Beauval, expliquent aussi l’engouement des familles et des enfants, estime la présidente de l’association Code animal Alexandra Morette. La stratégie est payante : l’année dernière, le parc animalier du Loir‐et‐Cher a accueilli plus d’un million et demi de visiteurs. «Les zoos travaillent dur pour se réinventer […] se revaloriser, et donner une image positive», explique Anissa Putois de l’association PeTA. En mettant en avant un aspect pédagogique, avec des outils et programmes destinés aux enfants, les parcs animaliers ont regagné en popularité, jusqu’à être considérés comme de véritables sanctuaires de la vie sauvage.

Des ombres au tableau

Les nouvelles stratégies marketing des parcs animaliers, qui visent à faire oublier l’aspect commercial de leur activité, restent toutefois critiquées par les associations de lutte contre la captivité. «La communication des parcs zoologiques est très efficace, et les gens croient leurs arguments de conservation et d’éducation», estime Nikita Bachelard, chargée de relations publiques de la fondation LFDA (Droit animal, Éthique et Sciences). Les actions de préservation des espèces, en effet, sont loin de constituer la majorité du budget des parcs. Au zoo de Beauval, un million d’euros est dédié aux programmes de conservation — avec un tiers provenant du mécénat et des dons — ce qui correspond à environ 3,8% du chiffre d’affaire moyen du Parc.

La LFDA, la PeTA et l’association Code animal sont formelles : si la volonté de préservation était réelle, les efforts devraient se concentrer sur la préservation des espèces in situ, autrement dit au sein même des écosystèmes naturels. Comme le relève une étude de la fondation Born Free, seul 25% des animaux captifs ex situ appartiennent à des espèces vulnérables, menacées, ou en danger d’extinction, et 16% d’entre eux font partie d’espèces inscrites dans des programmes européens de préservation.

Les vertus éducatives des parcs, quant à elles, sont aussi remises en question par les opposants à l’élevage et au maintien en captivité. «Je ne vois vraiment pas ce que l’on apprend à voir des animaux aux comportements névrotiques, répétitifs, en pleine détresse psychologique», explique Anissa Putois, chargée de communication de la PeTA . «Le bien‐être des animaux sauvages en captivité ne peut‐être garanti, et leurs besoins instinctifs, comme la chasse, ne sont pas respectés», ajoute Nikita Bachelard (LFDA).

Carte interactive des principaux parcs zoologiques en France. Crédits : Zoos de France/Code Animal

Pour Alexandra Morette, de l’association Code animal, les considérations morales ont fait leur chemin dans l’esprit des visiteurs depuis une dizaine d’années. «Les soigneurs peuvent y mettre toute leur bonne volonté, j’ai toujours l’impression de visiter une prison», raconte Stefania Mascheroni, 40 ans, animatrice en centre de loisirs. «Je n’ai jamais emmené mon fils dans les [zoos] […] je pense que ça n’a rien de respectueux pour ces âmes destinées à vivre et finir leurs jours dans un espace clos.» Dans le sillage des cirques, de plus en plus critiqués, « il y a une nette sensibilisation de la population», estime Nikita Bachelard de la LFDA, espérant que les mentalités continueront d’évoluer contre la captivité.

Derrière le dilemme moral se cache un autre problème, qui fragilise également les établissements : leur endettement souvent colossal. L’injonction à se moderniser, à rendre les lieux à la fois plus naturels et attractifs, et à fidéliser leur clientèle a poussé les zoos à entreprendre de grands travaux de modernisation. Le Zoo de Beauval, par exemple, vient d’investir huit millions d’euros dans l’installation de télécabines au‐dessus des enclos des éléphants et des pandas. Et comme le révèle un article du Monde en 2017, «l’essentiel des parcs [en France] est endetté entre 50% et 100% de leur chiffre d’affaire.».

Malgré une bonne santé et une tendance porteuse autour de la conservation et de l’éducation, la question est désormais de savoir si la dynamique se poursuivra pour les parc zoologiques, alors que les remises en question éthiques et financières se font de plus en plus présentes.