«La révolution n’est pas finie» pour les Soudanais de Paris

Quelques jours après le coup d’État qui a renversé le président Omar El-Béchir, les Soudanais de Paris sont dans l'expectative. 

 

«Je suis le premier comédien soudanais arrivé en France», argue joyeusement Arbab, 62 ans. Au Soudan, il a passé les concours pour devenir diplomate avant de quitter le pays pour la France en 1991. Il est auteur, compositeur et interprète : «Là‐bas, les islamistes ne me laissaient pas pratiquer mon théâtre comme je l’entendais.» Attablé Chez Tony, un des points de rendez‐vous de la diaspora soudanaise dans le 18e arrondissement de Paris, il ajoute: «Si le gouvernement change vraiment, je retourne là‐bas sans hésiter.» Mais il n’est pas «très optimiste» pour l’avenir: «Malheureusement, il n’y a pas d’opposition structurée.»

Arbab, dans un café parisien du 18e arrondissement.

«J’ai quitté le Soudan parce que je voulais être un artiste libre !», raconte Jamal Eldin Ahmed, entouré par ses tableaux. Le peintre de 60 ans a quitté le Soudan en 2007 avant d’arriver en France en 2016. Il suit activement les manifestations grâce à sa famille et aux réseaux sociaux. Jamal Eldin Ahmed contribue aussi aux protestations depuis Paris: «Je pains et j’envoie les photos de mes productions au Soudan. Des gens les reproduisent et les utilisent pour les manifestations.» Il se réjouit de l’évolution de la situation dans le pays :«Maintenant l’art va redevenir libre au Soudan !»

Jamal Eldin Ahmed en train de peindre une toile dans son atelier.

Il nous présente un tableau qui reproduit la photo iconique de la manifestation soudanaise.  «Ça je l’ai fait il y a deux jours», explique l’artiste qui produit intensivement depuis le début de la révolution.

Devant un petit magasin fréquenté par la communauté soudanaise, Ahmed Moussa, au français incertain et au regard timide, s’insurge. «Montrez ces photos partout! Au Soudan la télévision ne parle pas de la révolution.» Accompagné de Majid Mohammed, un ancien étudiant en anglais à Khartoum, ils se désolent de l’état du Soudan après 30 ans de dictature. «Il n’y a pas d’éducation, pas de système de santé, pas de liberté», souligne Majid. «Faire tomber Al Bachir ne suffit pas, il faut que tout ceux qui ont dirigé avec lui s’en aillent.» Un instant, Majid s’éclipse. Il revient avec un tee‐shirt aux couleurs du Soudan. Avant de conclure, plein d’enthousiasme: «La révolution n’est pas finie!»

Majid Mohammed (à droite) et Ahmed Moussa (à gauche) posent fièrement avec un tee‐shirt revendicatif.