«Un caissier, ce n’est pas un postier !»

Lundi après-midi, une quarantaine de militants CGT ont protesté contre le transfert des activités postales vers des supérettes, telles que le Franprix de la rue de Picpus (XIIarrondissement de Paris). Les manifestants dénoncent une «confusion» entre service public et activités commerciales.


«On pensait qu’en ville, on n’était pas concernés par la fermeture des services publics. Et si !», s’énerve Emmanuelle Pierre‐Marie. L’élue municipale du XIIe arrondissement de Paris (groupe Europe Écologie – Les Verts) est venue soutenir la manifestation organisée par la CGT. Une quarantaine de personnes sont présentes pour dénoncer le transfert des activités postales vers des supérettes.

Depuis 2016, le bureau de poste du quartier Picpus n’est plus qu’une agence bancaire, accessible sur rendez‐vous. Les activités liées au courrier – achat de timbres, d’enveloppes, colis à retirer, envoi de recommandés – ont été déléguées au magasin Franprix du coin, rue de Picpus.

À l’intérieur, le décor des caisses a changé. Devant le tapis roulant, une grosse boîte aux lettres surmontée d’une balance. Derrière, une grande étagère où s’entassent des piles d’enveloppes. Dans la queue, une dame attend pour acheter des timbres. La caissière est débordée, l’employée qui supervise les caisses électroniques s’approche avec douceur pour l’aider. Hésitante, elle prend l’enveloppe, la pose sur la balance. «Elle n’était pas à zéro», signale la cliente. La postière improvisée l’enlève puis recommence. 

Pendant ce temps‐là, plus personne autour des caisses électroniques. C’est donc le vigile qui se déplace pour aider un client qui peine à scanner son paquet de céréales. «Au moins, ce n’est pas lui qui s’est occupé des lettres», soupire un manifestant. Au micro, devant le Franprix, Nicolas Bonnet‐Oulaldj, élu communiste de l’arrondissement, raconte pourtant que c’est arrivé à l’un de ses électeurs. «Ce sont des entreprises de sous‐traitance, qui ne sont pas assermentées», s’indigne l’élu local. Lunettes et K‐way rouges assortis au drapeau de son syndicat, Gilles, postier depuis presque trente ans, renchérit. «Nous, on prête serment, raconte‐t‐il. On jure de ne pas faire n’importe quoi avec le courrier, de préserver la confidentialité des usagers, ce qui n’est pas le cas des salariés du Franprix, et encore moins des vigiles». La CGT dénonce une «confusion entre service public et activités commerciales».

« Je suis perdu si on bouge mon bureau de poste »

Autre problème pour les usagers: la perte du repère qu’était le bureau de poste. «C’est un maillage essentiel du territoire, un lieu d’accueil humain», s’exclame Sandrine Charnoz, élue Génération.s du XIIe arrondissement. «Je suis vieux, et qu’on le veuille ou non, je suis perdu si on bouge mon bureau de poste», bougonne Robert, 76 ans, habitant du quartier et militant CGT. Il regrette que le «lien du citoyen avec le service public» soit ainsi «cassé».

«Normalement, il y a un vrai rapport de confiance entre l’usager et le facteur», renchérit Nicolas Bonnet‐Oulaldj. «Il faut respecter ces métiers. Un postier, ce n’est pas un caissier, et inversement. Ils ne sont pas interchangeables».

La Poste justifie la fermeture des bureaux par la baisse de la fréquentation et se félicite ainsi d’horaires d’ouverture très larges dans les supérettes, souvent ouvertes tard le soir et le dimanche. «Mais moi, je veux un monde où on puisse respirer le soir, la nuit, le dimanche. Passer du temps en famille et faire du sport», déclare Nicolas Bonnet‐Oulaldj. «Cette baisse, ils l’ont eux‐même produite, en restreignant les horaires d’ouverture à peau de chagrin…», s’énerve un opposant.

Emmanuelle Pierre‐Marie, l’élue écologiste, invite les manifestants à ne pas jeter les tracts par terre. Plusieurs parsèment déjà le sol. «Respectez les balayeurs comme nous respectons les postiers», s’exclame-t-elle au micro. Elle rigole en s’excusant: «Je n’ai pas pu résister.»