Incendie de Notre‐Dame : l’histoire de la photo qui a fait le tour du monde

«Je me suis dit que ce n'était qu'une question de minutes avant que la flèche ne s'effondre aussi», explique le photographe de l'AFP Geoffroy van der Hasselt, dont le cliché a fait la une de dizaines de journaux.

Il est l’auteur de l’image la plus symbolique de l’incendie de Notre‐Dame de Paris. Geoffroy van Der Hasselt, journaliste belge pour l’AFP basé à Paris, a capturé le moment exact où la flèche de la cathédrale, dévorée par les flammes, s’est effondrée. Il nous explique comment il a pris cette photo qui figure ce 16 avril en une de très nombreux quotidiens français et internationaux.

Comment vous êtes‐vous retrouvé à couvrir l’incendie de Notre‐Dame? 

Je suis journaliste indépendant pour l’AFP, je fais des reportages à la journée. Je n’étais pas censé travailler hier soir mais j’ai toujours mon matériel photo sur moi. Quand mon rédacteur en chef m’a appelé pour me dire que le toit de Notre‐Dame était en feu, j’ai sauté sur mon scooter et je me suis rendu sur place. Je suis arrivé vers 19h15. Un périmètre de sécurité avait été établi. Je me suis frayé un passage au milieu des touristes amassés sur les berges et j’ai cherché un angle qui me convenait pour faire des photos.

Comment avez‐vous pris ce cliché de la flèche qui s’effondre?

Après avoir envoyé mes premières photos, j’ai vu le toit s’effondrer. Je me suis dit que ce n’était qu’une question de minutes avant que la flèche ne s’effondre aussi. Quand j’ai senti que c’était le moment, j’ai mis mon appareil en mode rafale et j’ai pris une série de six photos de ce moment fort.

À cet instant, imaginiez‐vous que votre photo ferait le tour du monde?

Pas du tout! Rien que l’AFP avait dépêché sept photographes sur place. Je pensais que mes collègues auraient la même photo, peut‐être même avec un meilleur angle. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que j’étais le seul photographe, à ma connaissance, à avoir capturé cet instant symbolique. C’est vrai que voir sa photo en une du New York Times est gratifiant, surtout sachant que de nombreux photographes étaient sur place hier et qu’il était difficile de se démarquer.

Comment expliquez‐vous le succès de cette photo?

Je pense que cette photo touche le coeur des gens parce qu’elle dégage quelque chose. Quand on fait ce métier, le but est de faire la meilleure photo possible, la plus représentative et je pense que c’est ce que j’ai réussi à faire. J’ai une photo où la flèche commence à tomber puis une photo où la flèche est couchée perpendiculairement, que La Croix a mise en une. Ces clichés montrent bien l’anormalité de la situation.

Que pensez‐vous du fait que beaucoup de médias aient utilisé la même photo en une?

Je trouve cela dommage que des quotidiens aient choisi exactement la même photo car cela ne permet pas d’avoir des visions différentes pour les lecteurs mais ils n’avaient pas vraiment le choix. L’ensemble des quotidiens français et une partie des médias internationaux sont abonnés au fil de l’AFP, ce qui nous donne une force de frappe très importante. Mes photos sont très vite arrivées sur le fil et comme les médias bouclent généralement autour de 20 heures, ils ont choisi leur une dans ma série de photos.

Comme vous êtes payé à la journée, vous ne toucherez pas plus d’argent pour la réutilisation de cette photo. Regrettez‐vous ce système?

Non, car pour cette photo qui a été massivement diffusée, il y en a des millions d’autres qui n’ont pas fonctionné et n’ont rien rapporté à l’AFP, qui m’a payé quand même.