Chez les catholiques de Paris, «on a besoin de sentir qu’on est unis»

 Alors que le monde entier s’émeut de l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, les catholiques de la capitale, en cette Semaine Sainte, espèrent que cette tragédie soudera une communauté divisée.

«C’est comme si ma maison spirituelle était tombée en cendres cette nuit. Je suis complètement perdue, je ne sais même pas où je vais aller prier demain, jeudi, et tous les autres jours de la Semaine sainte…» Rencontrée quai de Montebello, Laure Pivot fréquentait toutes les semaines Notre‐Dame de Paris, ravagée par un incendie lundi soir. C’est en sanglots qu’elle fait part d’un désarroi partagé par bon nombre de catholiques. Un sentiment face auquel Marc Lambret, aumônier à la paroisse Sainte‐Clotilde (VIIe arrondissement), fait quant à lui appel à l’engagement des catholiques : «Aujourd’hui, après cette catastrophe, il y a une tonalité particulière mais qui ne va pas nous empêcher de célébrer ce jour. Et ça nous fait du bien. C’est comme un deuil: dans celui que nous portons, nous faisons des actions pour essayer de nous rendre utile.»

Une de ces actions, pour beaucoup d’entre eux, consiste à se rendre à l’église. Dans l’église Saint‐Eustache, dans le quartier des Halles, les travaux résonnent encore, à quelques jours de Pâques, mais les visiteurs sont nombreux. Dans une ambiance calme, presque paisible, ils allument des cierges et déambulent le long de la nef. «C’est un jour sombre pour les catholiques», murmure Loïc, un résident du quartier, tout juste rentré de New York. L’air grave, il explique qu’il était dans l’avion pendant l’incendie: «Il fallait que je sois ici aujourd’hui pour assister à la messe.» Les chaises de la chapelle de la Vierge, lieu de la messe, sont rapidement toutes occupées.

« Cette tragédie doit nous rapprocher»

Une femme d’une cinquantaine d’année, à genoux en train de prier, est soudainement prise de sanglots a la vue du prêtre. D’un pas lent, le père Yves Trocheris se rapproche de la femme éplorée et la relève. «J’imagine le choc que vous ressentez tous après ce qui s’est passé hier soir», déclare‐t‐il. Mais d’un ton assuré, il affirme à l’assistance qu’«il faut tenir le fil, demeurer avec le Seigneur pendant cette Semaine sainte». S’ensuit une minute de prière interrompue par les pleurs étouffés de quelques fidèles. Le prêtre, après avoir lu un passage de la Bible, rappelle que «si Notre‐Dame fut l’écrin de quelque chose, ce n’est pas de la prouesse architecturale mais bien de ce morceau de pain que nous partageons et nous chérissons pendant toute cette semaine».

Dans un même mouvement, les croyants se relèvent et entonnent un chant religieux à la gloire de la cathédrale. Sur le parvis de l’église, le curé fait part de sa résilience: «Nous regardons devant. Dans ces circonstances tragiques, nous allons célébrer les quarante ans de mariage de deux paroissiens. Cette Semaine sainte sera spéciale.»

Après la messe, de nombreux fidèles restent dans l’église. Une discussion s’engage. «On a besoin de parler. De sentir qu’on est unis. Cette tragédie doit nous rapprocher», avance Lisa, 59 ans, agent de service à la Mairie de Paris. Cela fait deux ans qu’elle ne vient plus à l’église mais hier soir, en regardant la flèche de la cathédrale s’effondrer, elle a senti «la volonté du Seigneur. Il fallait que je sois là aujourd’hui». Très critique envers L’Église, elle se demande si «l’incendie de la cathédrale n’est pas un signal envoyé par Dieu pour punir des derniers scandales d’abus sexuels».

Une autre paroissienne, Valérie, enseignante à Paris, l’interrompt pour abonder dans son sens. «L’Église est en chantier, nous sommes trop divisés entre catholiques. Nous avons besoin d’une autre Église et nous en ferons part lors de cette Semaine sainte» assure‐t‐elle, affirmant d’ailleurs que le sinistre de lundi l’a incitée à un engagement plus fort: «Je ne pensais pas participer à la cérémonie du lavements des pieds jeudi prochain mais l’incendie m’a fait changer d’avis.» Les chaises de la chapelle sont maintenant vides, les fidèles ont tous quitté les lieux. Ne reste plus que le père Yves Trocheris, près de la statue du Christ, qui déclare d’un ton solennel que «l’église Saint‐Eustache accueillera tous les fidèles orphelins de la cathédrale».