Notre‐Dame de Paris, «aimant» de la littérature française

Au fil des siècles, les plus grands écrivains et poètes français ont rendu hommage à Notre-Dame de Paris par leur plume. Tour d'horizon de ces œuvres littéraires qui célèbrent le monument parisien ravagé par un violent incendie le 15 avril.

Dans le livre X de son célèbre roman Notre‐Dame de Paris, publié en 1832, le romancier Victor Hugo décrit l’incendie du célèbre monument. Dans son livre III, il imagine un terrible incendie qui fait désormais tristement écho à l’actualité.

« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. »

En 1886, alors qu’il n’a que 18 ans, l’homme de lettre Paul Claudel a une révélation. Il explique dans Ma conversion, publié en 1913, avoir rencontré Dieu lors des vêpres de Noël 1886 de Notre‐Dame de Paris. Suite à cet événement qui le bouleverse, il se convertit.

«J’étais moi‐même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher.»

En 1942, Louis Aragon écrit le poème Paris 42 qui évoque les malheurs de la France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce poème en alexandrins est un hymne à l’amour, à la capitale, et à la France qui a été mis en musique par la suite.

Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine
Ignore ce que c’est que ce déchirement
Quand prise sur le fait la nuit qui se dément
Se défend… se défait les yeux rouges, obscène
Et Notre‐Dame sort des eaux comme un aimant

En 1838, c’est le poète Théophile Gautier, amateur du roman de Victor Hugo s’adresse à l’écrivain en le tutoyant. Au début de son poème Notre‐Dame, de 150 vers, dans La Comédie de la mort, il célèbre le monument parisien qui permet selon lui de «rélargir l’âme». 

Pour me refaire au grand et me rélargir l’âme, 
Ton livre dans ma poche, aux tours de Notre‐Dame ; 
Je suis allé souvent, Victor, 
A huit heures, l’été, quand le soleil se couche, 
Et que son disque fauve, au bord des toits qu’il touche, 
Flotte comme un gros ballon d’or.

Dans le Temps retrouvé, septième et dernier tome de la série À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, l’écrivain se moque gentiment de Françoise. Cette servante envie les riches qui peuvent visiter des églises dans d’autres villes ou pays, alors qu’elle-même vit à Paris et n’a «jamais eu la curiosité d’aller voir Notre‐Dame», ironise l’écrivain.

Françoise, quand je lui parlais d’une église de Milan — ville où elle n’irait probablement jamais — ou de la cathédrale de Reims — fût‐ce même de celle d’Arras ! — qu’elle ne pourrait voir puisqu’elles étaient plus ou moins détruites, enviait les riches qui peuvent s’offrir le spectacle de pareils trésors, et s’écriait avec un regret nostalgique : «Ah ! comme cela devait être beau !», elle qui, habitant Paris depuis tant d’années, n’avait jamais eu la curiosité d’aller voir Notre‐Dame. C’est que Notre‐Dame faisait précisément partie de Paris, de la ville où se déroulait la vie quotidienne de Françoise et où, en conséquence, il était difficile à notre vieille servante — comme il l’eût été à moi si l’étude de l’architecture n’avait pas corrigé en moi certains points les instincts de Combray — de situer les objets de ses songes.

Gérard de Nerval rend hommage à la cathédrale parisienne en soulignant sa puissance face au temps. Dans son recueil «Odelettes», il écrit en 1853 :

Notre‐Dame est bien vieille : on la verra peut‐être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre,
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor : 
Alors, ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !  »

Le poète Charles Péguy décrit avec admiration la cathédrale en 1913 dans son recueil de poème d’inspiration mythique La Tapisserie de Notre‐Dame:

Nous arrivons vers vous de l’autre Notre‐Dame
De celle qui s’élève au cœur de la cité
Dans sa royale robe et dans sa majesté
Dans sa magnificence et sa justesse d’âme»