Après la catastrophe de Notre‐Dame, la filière du bois s’organise

Depuis l'incendie qui a ravagé la charpente de Notre-Dame datant du 13e siècle, les professionnels français du bois se mobilisent pour offrir les 1 300 chênes nécessaires à la reconstruction de la "forêt", surnom donné à l'ossature en raison du nombre des poutres qui la constituent.

Des tonnes de poutres sont parties en fumée dans les combles de la cathédrale Notre‐Dame le 15 avril. Dès le lendemain, les acteurs de la filière française du bois s’organisaient pour recueillir les arbres nécessaires à la reconstruction de la charpente de la cathédrale Notre‐Dame. Mais le choix du matériau prévu pour la reconstruction n’est pas encore fait. Bois, métal, ciment…? Cependant, «si le Président veut que ce soit reconstruit en cinq ans, il est peu probable que ce soit en chêne», regrette Jean‐Pierre Egea, membre de l’organisation professionnelle des Experts Forestiers de France.

Pour construire la «forêt», surnom donné à la charpente, «il avait fallu plus de 1 300 chênes majestueux», explique David Caillouel, président du Syndicat de la Filière Bois (SFB). Depuis le 13e siècles, les poutres soutenaient le toit de la cathédrale sans jamais avoir montré signe de faiblesse.

Des dons à la chêne

Dès le lendemain de la catastrophe, le syndicat a appelé ses adhérents à réserver «dès à présent leurs plus beaux chênes à la reconstruction de la charpente Notre‐Dame». Et pour cause, seuls les chênes «peuvent supporter des constructions aussi importantes et pendant des durées aussi longues», explique l’expert forestier.

La fondation Fransylva, qui regroupe des sylviculteurs français, a également appelé les 3,5 millions de propriétaires privés de forêts en France à réserver un chêne de leur terre pour la reconstruction de la «forêt‐charpente». «Depuis hier, nous avons un don de chêne toutes les 5 minutes !», se félicite Victoire Reneaume, chargée de presse de la fondation.

Deux à trois fois plus d’arbres que nécessaire

Pour Jean‐Pierre Egea, «il ne faut pas s’inquiéter. Des chênes centenaires, on en a encore». Selon le spécialiste des arbres et des forêts, «le seul problème va être de pouvoir regrouper en un seul endroit tous les arbres, car ils sont dispersés partout sur le territoire».

Si le choix de reconstruire la charpente de la cathédrale s’oriente vers le matériau originel, il faudra plus de 3 000 chênes pour trouver les 1 300 qui soutiendront l’édifice. En effet, Jean‐Pierre Egea explique qu’il faut «prévoir deux à trois fois plus d’arbres que nécessaire pour être sûrs d’avoir ceux qui conviennent et pouvoir laisser le choix aux architectes».

Mais ce choix de matériau ne permettrait pas de répondre aux exigences présidentielles d’achever la reconstruction avant les Jeux‐Olympiques prévus en France en 2024. L’expert forestier explique que «même si on coupait les arbres maintenant, il faudrait qu’ils soient débardés [déplacés vers un lieu de dépôt, ndlr], débités [coupés au sol en longs rondins, ndlr], puis séchés». Cela prendrait deux voire trois ans. Il faudra ensuite découper les grumes — troncs d’arbres — en poutres d’au moins 5 mètres de long et 40 centimètres de côté. Enfin, il faudra remonter toute l’ossature qui soutient le toit de la cathédrale.

«Rien que les discussions, cela prendra au moins un an», estime Jean‐Pierre Egea. «À mon avis, la reconstruction ne sera pas finie avant 10 ou 15 ans».

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