PSG : Les Titis à la rescousse

Le Paris Saint-Germain se déplace sur la pelouse de Nantes, ce mercredi soir (19h), avec un groupe qui contient dix joueurs formés au club. Face à l’hécatombe de blessures, les Titis parisiens auront pour mission de valider le titre de champion de France. Une situation - peu commune - qui surprend. 

Des Titis face aux Canaris. Quand les Nantais ont réservé leur billet pour le choc face au champion de France en titre, ils s’attendaient certainement à voir une pléiade de stars fouler la pelouse de La Beaujoire. Raté. La liste des blessés (Neymar, Cavani, Mbappé, Di Maria, Marquinhos, Meunier, Thiago Silva) et des suspendus (Bernat, Verratti) est telle que l’entraîneur du PSG, Thomas Tuchel, n’a eu d’autre choix que de piocher dans l’équipe réserve de National 2 (équivalent de la 4e division). Un effectif inédit pour un match qui revêt, malgré tout, un enjeu pour les Parisiens : celui d’obtenir un huitième titre de champion de Ligue 1. 

Pas moins de dix joueurs formés dans la capitale (surnommés les Titis, donc) composent le groupe du champion de France en titre pour affronter le FC Nantes. Un record cette saison au PSG, et une fierté pour son centre de formation «dont la politique est clairement reconnue pour sa qualité», estime Thierry Guillou, éducateur de football et auteur du livre Football et formation : une certaine idée du jeu (Éditions Harmattan — 2018). 

Si certains d’entre eux sont des cadres (Areola, Kimpembe) — ou à minima font partie de la rotation (Cibois, Dagba, Nsoki, Diaby, Nkunku) -, d’autres n’ont pas encore disputé la moindre minute en professionnel : Eric Junior Dina‐Ebimbe (18 ans), Isaac Hemans (22 ans) et Metehan Güclü (20 ans).

Pour autant, l’irruption soudaine de Titis parisiens pose question. Est‐ce un signe de la qualité du centre de formation ? «Ça traduit plutôt la mauvaise santé du PSG de manière générale. Être obligé d’emmener dix jeunes montre qu’il y a une défaillance organisationnelle du club», analyse Thierry Guillou. «Pour que les jeunes aient une chance sur le long terme, il faut qu’il y ait une stratégie : savoir précisément quel joueur a du potentiel et ne pas recruter à son poste pour lui permettre de se développer», poursuit le formateur. Même son de cloche pour Saber Desfarges, journaliste pour RMC Sport, et suiveur du Paris Saint‐Germain : «Tout au long de la saison, Tuchel s’est très peu appuyé sur les jeunes et a fait comprendre à maintes reprises que leur niveau n’était pas suffisant pour intégrer durablement l’équipe première», explique‐t‐il.

Suivre l’exemple de Kimpembe

Des choix par défaut, donc, qui mettent en avant un manque criant de profondeur d’effectif à Paris. Mickaël Madar, ancien attaquant du PSG dans les années 90 et aujourd’hui consultant à Canal +, regrette que «Tuchel n’ait pas fait tourner davantage au cours de la saison alors qu’ils ont 20 points d’avance». Leur présence n’est due qu’à un «concours de circonstances»,juge même l’ancien Parisien. Pour autant, c’est parfois de ces situations incongrues qu’émergent des pépites. Thiago Silva forfait, c’est Presnel Kimpembe qui avait remplacé le capitaine brésilien dans le huitième de finale aller contre le Barça de Lionel Messi en février 2017. Il n’avait jamais joué une seule minute en Ligue des Champions. Résultat : un match énorme du Titi et une victoire 4–0 du PSG. Si l’enjeu du match contre le FC Nantes est bien moins important, c’est l’occasion de s’immiscer dans l’esprit de Tuchel.

Le Parc des Princes verra peut‐être de nouveaux joueurs éclore ces prochaines semaines

Les trois nouveaux, Hemans, Dina‐Ebimbe et Güclü, ont des parcours différents. Isaac Hemans, défenseur ghanéen, est un cadre de la réserve. L’attaquant de pointe Metehan Güclü — ancien coéquipier de Kylian Mbappé à Bondy en U15 — participe fréquemment aux entraînements avec le groupe professionnel mais n’est encore jamais entré en jeu. Mais c’est sur le milieu de terrain Eric Junior Dina‐Ebimbe que le journaliste Saber Desfarges insiste : «Il a un gros potentiel et reste sur une belle impression: incontournable avec la réserve, il a marqué lors de ses deux derniers matchs», analyse‐t‐il. Ils pourraient entrer en jeu selon le scénario de la rencontre, et éventuellement participer à la conquête du titre de champion, puisqu’une victoire assurerait le PSG de finir en tête de la Ligue 1. «Finir avec cette équipe, symboliquement, ce serait un beau message mais les jeunes ne se font pas d’illusions et savent qu’ils jouent parce qu’il y a des absents», tance Thierry Guillou.

En février dernier, l’Observatoire du football CIES a établi un classement analysant la contribution des clubs dans la formation des joueurs dans les cinq principaux championnats européens (Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne, France). Sur les cinq dernières années, le PSG se situe en douzième position avec 154 723 minutes disputées par cinquante joueurs formés dans la capitale. Pour autant, il faut s’intéresser au pourcentage de minutes jouées pour Paris, et non par des joueurs ayant été transférés après leur formation : or, seuls 16% de ces minutes ont été disputées sous les couleurs parisiennes (contre 36% à l’Olympique Lyonnais, par exemple, troisième de ce classement).

Preuve que les jeunes s’épanouissent souvent loin du Parc des Princes : Coman (Bayern Munich), Zagadou (Dortmund), Dembélé (OL), Ballo‐Touré (Monaco), Maignan (LOSC)… Un phénomène récurrent ces dernières années: «Les jeunes et leurs agents sont de plus en plus impatients et veulent tout de suite jouer ou s’en aller. Sauf que des Mbappé, titulaire depuis ses 18 ans, il n’en existe quasiment pas…», avance Thierry Guillou. Des Titis qui, s’ils ont désormais pris leur envol, auraient fait un bien fou à Thomas Tuchel ces dernières semaines.