Arthur Philippe, une jeune lame en or

Neuf ans après ses débuts, le jeune valdoisien était de retour chez les siens pour célébrer son titre mondial junior remporté en Pologne. Retour sur le parcours du champion. 

«Champion du monde!», lance, au loin, l’un des escrimeurs de la salle d’armes de Saint‐Gratien (Val-d’Oise) quand il aperçoit Arthur Philippe, de retour au club ce mercredi 17 avril. Cinq jours plus tôt, le jeune épéiste de 19 ans remportait l’or en junior lors du championnat du monde de Torun en Pologne. Coupe à la main, le grand brun aux yeux foncés discute avec maître Louisiade, le maître d’armes de ses débuts. Petit à petit, les tireurs qui pénètrent à leur tour dans la grande salle d’armes du Cercle d’escrime de Saint‐Gratien s’arrêtent pour le saluer. Car Arthur fait la fierté de son club d’origine. Ce club où son père, Frantz Philippe, vice‐champion du monde par équipe en 1998, brillait lui aussi vingt ans auparavant.

Arthur Philippe entouré de son club et de sa famille

Pourtant, Arthur Philippe n’était pas forcément destiné à suivre les pas de son père. Ce n’est qu’à l’âge de dix ans qu’il s’initie à l’escrime à l’école ; il pratiquait jusqu’alors le tennis et le handball. Séduit, il décide de continuer sans abandonner le hand : «J’étais bon dans les deux sports mais j’ai dû choisir pour me concentrer sur une discipline.» Et c’est finalement l’épée qui l’a emporté sur le ballon.

Le plus jeune escrimeur de l’Insep

Il progresse alors très vite. Quatre ans plus tard, il est sélectionné au championnat d’Europe en cadet 1 avant «d’exploser l’année suivante» en remportant notamment deux circuits européens. C’est à ce moment‐là que sa mère reçoit un appel de Hugues Obry, champion olympique par équipe à Athènes et, à l’époque, responsable épée hommes à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). Il souhaite qu’Arthur intègre ce centre de référence pour les sportifs de haut niveau.

«Normalement, en escrime, on est censé d’abord passer par le pôle France jeunesse à Reims avant de rejoindre l’Insep», explique Arthur. Il saisit l’opportunité proposée et décide d’intégrer directement le groupe senior de l’institut alors qu’il est à peine junior. «J’avais 16 ans. J’étais le plus jeune de trois ou quatre ans», se rappelle‐t‐il.

Du lundi au vendredi, il loge dans le centre situé à Vincennes et, le week‐end, très souvent, il part en compétition. «Je rentre rarement chez moi. Ce n’est pas facile car je suis loin de ma famille, je dois concilier les études avec une activité sportive. On commence à 7 heures pour finir à 22 heures. C’est lourd…», confie‐t‐il, avouant par ailleurs ne plus beaucoup voir ses amis.

Ses débuts à l’Insep sont difficiles car il est rapidement blessé. En intégrant l’institut, il multiplie par trois ses entraînements quotidiens: «Je suis passé de deux séances de deux heures par jour, à six ou sept.» Un rythme inhabituel qui a des conséquences sur son état physique : «J’avais des fissures de fatigue à l’os. Ça a bouffé ma saison!»

Mais l’année suivante, sa blessure guérit et il se ressaisit. Il se qualifie alors pour les championnats d’Europe puis du monde deux saisons consécutives. Ses performances lui permettent de multiplier les podiums en équipe et en individuel et même de remporter la coupe du monde par équipe en 2018.

«Quand je lui ai mis la quinzième touche, j’étais perdu mais surtout content»

Un parcours qui le mène jusqu’à l’exploit. Celui de vaincre, en finale mondiale, le grand favori italien Davide Di Veroli, double champion du monde et médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse: «Quand je lui ai mis la quinzième touche, j’étais perdu mais surtout content. Content d’en finir avec cette compétition qui met un terme à mon parcours en junior.»

Depuis, «les gens m’arrêtent à la cafétéria de l’Insep et aux entraînements pour me féliciter, mais ma vie n’a pas changé. Ce n’est pas comme si j’étais champion du monde de foot, plaisante‐t‐il. On me laisse tranquille et ça me convient très bien».

Ce mercredi soir, au Cercle d’escrime de Saint‐Gratien, il ne tirera pas ; il est encore de repos. Mais, juste après avoir célébré son titre, il reprendra la route pour l’Insep, où il se remettra à l’entraînement dès le lendemain. Car Arthur ne perd pas de vue les Jeux olympiques. Ceux de Paris 2024, bien sûr. Mais aussi, pourquoi pas, dès Tokyo en 2020. «Oui, j’aimerais bien les faire», confie‐t‐il sans trop vouloir se projeter, mais en esquissant un sourire léger et sincère. Prochaine compétition: le grand prix de Cali, début mai. En senior, cette fois.