Après le rapport Mueller, les jeunes démocrates parisiens pensent déjà à 2024

Alors que l'enquête n'offre pas de preuve décisive d'une collusion du président américain avec la Russie, les jeunes démocrates aspirent à une nouvelle offre politique de la part de leur parti.

«Je n’ai pas été surpris et ça me désole.» Alex Buchner est désabusé. Étudiant en droit à l’université Paris II Panthéon‐Assas, ce jeune Américain a suivi en direct, jeudi 18 avril, la diffusion du rapport Mueller. Censée éclaircir les zones d’ombres autour d’une possible collusion entre la Russie et la campagne de Donald Trump durant la présidentielle américaine de 2016, l’enquête n’a pas dissipé les doutes du New‐Yorkais, qui participait dans la soirée, avec d’autres membres des jeunes démocrates de l’étranger, à une réunion intitulée «Politics and Pints» («De la politique et des pintes») dans un bar du Marais: «Je l’attendais avec impatience, j’en ressors frustré et avec encore plus de questions.»

Le document, long de 400 pages, confirme bien une tentative d’ingérence de Moscou mais n’a pu prouver la complicité volontaire du président américain. Une victoire selon Trump, qui s’est empressé de tweeter: «Pas de collusion, pas d’obstruction. Fin de partie pour les haineux et les démocrates d’extrême gauche.»

«Ce rapport ne doit pas être une béquille pour les démocrates»  

Tout en s’exerçant à l’ouverture d’une bouteille de bière avec un briquet, Alex s’interroge sur le fond de l’affaire: «En gros, c’est très très louche mais il manque des preuves. Quand je pense que Bill Clinton a failli être destitué pour une affaire privée …» Nando, un autre jeune démocrate, abonde dans son sens et s’insurge. Selon lui, certains passages du rapport sont éloquents. «Quand j’entends qu’il a cru qu’il était foutu, vous ne pouvez pas me dire qu’il n’y a pas de collusion. En plus, la partie avec Wikileaks a été censurée…», explique‐t‐il tout en reconnaissant qu’en l’état, le rapport Mueller ne «permettra pas de destituer Trump».

Mais pour ces Américains encore traumatisé par l’élection de novembre 2016, l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de refonder le parti démocrate, de lui trouver une nouvelle stratégie. Et vite. La ligne politique actuelle de l’establishment inquiète Rachel, 25 ans, en échange à Sciences Po Paris: «Ce rapport ne doit pas être une béquille pour les démocrates.» Pour elle, se focaliser sur la personne de Trump et ses casseroles n’est pas une bonne approche. Les démocrates ne pourront reconquérir la Maison‐Blanche qu’avec une nouvelle offre politique. «Regardez les élections de mi‐mandat … C’est en parlant d’économie, de chômage, de santé publique, de choses concrètes que nous avons gagné. Et non en prenant de haut l’électorat blanc populaire comme l’a fait Hillary Clinton», assène t‐elle.

2024 comme ligne d’horizon

Pour ces jeunes démocrates en très grande majorité partisans de Bernie Sanders, la présidentielle de 2020 semble déjà perdue. Même si le sénateur du Vermont est à nouveau candidat à l’investiture, ils ne se font guère d’illusion. «La base électorale de Trump le soutient coûte que coûte. 2020 sera un galop d’essai pour les démocrates», estime Alex Buchner. En somme, l’occasion de prendre la température politique du pays avant de présenter ensuite un candidat rassembleur pour 2024. Par exemple Alexandria Ocasio‐Cortez, représentante démocrate du Bronx et nouvelle icône de l’aile gauche du parti, qui atteindra cette année‐là l’âge minimum pour se présenter à la Maison‐Blanche? «Une bouteille d’eau aurait pu gagner son district mais oui, elle peut être une candidate crédible pour 2024», considère Rachel.

Nando mise plus sur l’entrepreneur Andrew Yang, candidat à la primaire démocrate de 2020 qui propose notamment un revenu universel: «Rien que le fait qu’il ne se fasse pas traiter de socialiste montre que le parti est en train de basculer à gauche. Lentement, mais sûrement.» Et c’est Alex qui finit par résumer la pensée de tout ses camarades de parti en citant Winston Churchill après la victoire alliée d’El Alamein, en novembre 1942: «Mes amis, ce n’est pas le début de la fin mais bien la fin du début.»