Après Notre‐Dame, les fidèles restent debout

À la basilique du Sacré-Cœur, des fidèles se sont succédés toute la nuit du Jeudi saint pour une veillée de prière à la gloire de Jésus. Si le drame survenu à Notre-Dame est bien présent dans les esprits, il n'a cependant perturbé ni les cérémonies religieuses ni la foi des croyants.

Dans la nuit du jeudi 18 avril au vendredi 19, des centaines de fidèles s’entassent sous le dôme de la basilique du Sacré‐Cœur à Montmartre (XVIIIe) pour célébrer la crucifixion et la mort de Jésus‐Christ. Malgré la disparition en fumée d’une partie de la cathédrale Notre‐Dame, les catholiques veillent toute la nuit pour fêter ensemble le Vendredi saint.

Vers 21 heures, le prêtre qui conduit l’unique messe du jour célébrant le repas du Seigneur, le pain et le vin, se propose de «lire, en rappel du drame de Notre‐Dame, le message du pape, notre Saint‐Père, adressé à notre archevêque Monseigneur Aupetit». Les mots du pape François résonnent alors entre les colonnes de la basilique. «En ces jours saints où nous faisons mémoire de la Passion de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, je vous assure de ma proximité spirituelle et de ma prière», lit le prêtre d’un ton solennel et monotone.

«L’Église est en perpétuelle construction»

À la sortie de la basilique, Alexandre, 29 ans, explique que s’il y a bien «une émotion supplémentaire, le drame de Notre‐Dame ne touche pas la foi de chrétien». Fumant une cigarette devant les grilles avec son ami Florian, il s’accorde avec lui sur un point : «L’Église est en perpétuelle construction», et la célébration du Vendredi saint n’a pas été bouleversée par le drame du début de semaine.

Vers 23 heures, une famille quitte la veillée de l’intercession, qui avait lieu aux pieds du Christ, au fond de la basilique, dans un décor blanc et or. Maryline, 29 ans, explique que «d’habitude, nous allons à Notre‐Dame ou bien à notre paroisse de Sarcelles (95)». Cette année, la famille s’était décidé au dernier moment à venir au Sacré‐Cœur. «C’était peut‐être plus émouvant ce soir avec ce qu’il s’est passé, poursuit la plus bavarde de la famille. Mais ce qui m’embête, c’est toutes les polémiques de politiciens et sur les dons qu’il y a eu autour de l’événement.»

«Rien n’arrive par hasard»

À 67 ans, Margarette voit dans l’incendie de la cathédrale presque millénaire un signe du Seigneur. «Pour moi, c’était écrit. Rien n’arrive par hasard», regrette‐t‐elle. Depuis le drame du 15 avril, la bénévole au sein de la basilique du Sacré‐Cœur avoue avoir pris pleinement confiance en elle et dans sa foi. «Avant, il fallait que j’aille à l’église pour prier. Depuis Notre‐Dame, je sais que je peux le faire tout le temps et n’importe où. Le Seigneur est toujours avec moi.»

«Notre‐Dame a sûrement créé un sursaut pour certain», lance Bruno, 57 ans, accompagné de son frère jumeau. Sur le parvis, qui se vide peu à peu de ses touristes et des habitués venus observer les lumières nocturnes depuis les hauteurs de Paris, les deux frères trouvent une tournure positive à l’incendie de la cathédrale si chère à Victor Hugo. «Maintenant, les gens assumeront peut‐être plus leur foi. Avant, lorsqu’on demandait à quelqu’un ce qu’il faisait le week‐end, il répondait qu’il avait fait le marché, puis du sport. Mais jamais qu’il était allé à la messe», déplore Bruno.

Une chose est sûre, si l’incendie a touché tous les Français, croyants ou non, les fidèles de l’Église catholique présents au Sacré‐Cœur sont pas déstabilisés dans leur foi ni dans leur rapport au Seigneur.

Photo : ©Alexandre Prévot