«Il faut légaliser le cannabis thérapeutique pour les patients atteints de cancers»

Selon une enquête publiée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), 9 Français sur 10 sont favorables à la légalisation du cannabis thérapeutique. Certains patients ont choisi de se tourner vers cette solution, malgré l'illégalité.

La France reste le premier consommateur de cannabis en Europe, selon une enquête publiée le 18 avril par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Si 61% des Français s’opposent à une vente libre du cannabis, l’usage thérapeutique, toujours interdit, fait quant à lui l’objet d’un large consensus. Plus de neuf Français sur dix se déclarent favorables à une prescription «par les médecins dans le cadre de certaines maladies graves ou chroniques», selon l’OFDT.

Certains Français ont décidé de violer la loi pour mieux vivre leur quotidien avec la maladie, comme Marie*, 23 ans. «Je suis très sportive, je fais du handball en équipe. Après une chute, je me suis déboîté l’épaule.» Depuis, la jeune fille souffre de douleurs chroniques. «J’ai eu des prescriptions de morphine et d’opiacés mais je me suis fait peur. J’ai opté pour le cannabis parce que je trouve ça plus naturel mais surtout parce que je sais que je maîtrise ma consommation. Je ne suis pas accro.» Comme la jeune étudiante en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), de nombreux patients se tournent vers cette option. 

«J’ai donné du THC et du CBD à mon fils de 4 ans»

«J’ai donné du THC et du CBD à mon fils de 4 ans, atteint d’une tumeur au cerveau», annonce Marianne*. Le cannabidiol (CBD) et le THC sont les composés organiques présents dans la plante de cannabis. Le THC, la substance psychoactive du chanvre, est illégale. Le CBD, lui, n’est pas classé dans les stupéfiants. Les produits en contenant sont accessibles à la vente tant que le taux de THC associé ne dépasse pas 0,2%, une dose extrêmement minime.

«Mon fils a été diagnostiqué en juin 2018 d’une tumeur cérébrale incurable. La radiothérapie n’avait aucun effet. En France, il n’avait plus d’options à part les traitements palliatifs. Ils ont condamné mon fils», raconte la jeune femme, qui cherche alors des alternatives. Elle trouve le contact d’un médecin italien qui utilise le cannabis avec une visée curative. «Selon les études, le cannabis agirait sur les cellules cancéreuses dans 50% des cas», avance Marianne. Le médecin italien lui prescrit du THC à 22% du laboratoire Bedrocan sous forme de gouttes. Une ordonnance qu’elle est forcée d’aller présenter en Italie, près de Modène, le cannabis thérapeutique étant légal chez nos voisins.

«On a commencé le traitement en octobre 2018. Il n’y a pas eu d’effets sur la tumeur.» Son fils décède au mois de février. Mais la jeune maman ne regrette pas son choix. «On a vu des effets sur lui. Je ne pouvais plus le prendre dans mes bras. Je ne pouvais même plus le toucher. À partir du moment où on a commencé le cannabis, il semblait soulagé. J’ai enfin pu le tenir dans mes bras», retrace‐t‐elle. «La radiothérapie avait fait beaucoup de dégâts au niveau des crises d’épilepsie et du comportement. Avec le cannabis j’avais l’impression qu’il n’avait plus mal.» La jeune mère insiste sur le fait d’avoir été totalement transparente avec l’hôpital. «Il était pris en charge à Paris. J’ai été honnête, je leur ai dit qu’ils n’avaient plus rien à me proposer et que j’allais opter pour cette voie. Ils ont totalement accepté mon choix, ils étaient bloqués.»

Mais l’incertitude demeure dans l’esprit de Marianne. «Je n’ai jamais pu lui demander. Il avait trois ans au début du traitement et la radiothérapie lui a fait perdre l’usage de la parole. Je ne pourrais jamais être sûre mais je pense que ça l’a aidé», avoue‐t‐elle. Quand son fils est parti, elle a voulu ressentir ce qu’il avait vécu. Elle a donc testé une dose: «Je culpabilisais, je voulais savoir.» 

Sur les réseaux sociaux, de nombreux parents d’enfants atteints d’un cancer font face au même dilemme. Marianne assure qu’elle referait ce choix. «Il faut que les choses changent, il faut légaliser pour les patients atteints de maladies chroniques ou de cancers», scande‐t‐elle.

«Le cannabis est devenu une option quand j’ai redécouvert la douleur»

Nadège*, quant à elle, hésite à passer le pas. «Je ne doute pas des bienfaits, c’est plutôt l’illégalité qui me bloque. Comment m’en procurer si ce n’est pas prescrit par un médecin? Comment savoir si c’est un bon produit? Que ça ne me fera pas plus de mal que de bien?», s’interroge-t-elle. La jeune femme souffre de la maladie de Crohn et d’une spondylarthrite ankylosante, deux maladies auto‐immunes chroniques qui lui causent d’insupportables douleurs. «Ça me réveille la nuit. Le matin, il faut se déverrouiller. J’ai parfois l’impression d’avoir la cage thoracique complètement oppressée au lever», poursuit‐telle. «Je marche avec une canne quand les douleurs sont trop présentes.» 

Auparavant, elle prenait un traitement à base d’anti-douleurs et de morphine. «Je ne ressentais plus vraiment la douleur mais j’étais shootée, je ne me sentais pas bien», se souvient‐elle. «Le cannabis est devenu une option lorsque mes traitements ne faisaient plus effet et que j’ai redécouvert la douleur.»

*Les prénoms ont été modifiés.