Kiss‐in devant l’ambassade de Brunei : s’embrasser contre l’horreur

Jeudi, des manifestants ont participé à un "kiss-in" devant l'ambassade de Brunei, dans le 16e arrondissement de Paris, pour dénoncer la nouvelle législation instaurant la lapidation des homosexuels et des femmes adultères dans le pays. Le but : contrer la haine par l'amour.

«On est là parce qu’on veut rester en vie, et qu’on veut que ces gens‐là aussi restent en vie», assène Alex, 20 ans. Avec ses amis Sohan et Hugo, ils ont décidé de participer au “kiss‐in” devant l’ambassade de Brunei, une manifestation organisée par le collectif Touche pas à mon mariage pour tous. Le petit État situé sur l’île de Bornéo a instauré le 3 avril dernier la peine de mort par lapidation pour punir l’homosexualité et l’adultère. «C’est inadmissible de tuer des gens pour leur genre, leur sexualité… juste pour le fait d’exister en fait. Quelque part, je pense que je suis aussi venu par peur que ça puisse arriver ici, en France», poursuit Alex.

Lorsque Brunei a annoncé l’instauration de ces lois liberticides, aucun des trois amis n’a été étonné. «Je me disais “c’est un pays de plus”. On a l’habitude. Toutes les minorités ont l’habitude d’être invisibilisées. Alors on se dit qu’on est chanceux d’être en France et qu’on doit être heureux de notre situation», explique Hugo. Même constat pout Sohan : «Ça me choque à chaque fois, mais je ne suis plus surpris.» 

Les manifestants étaient invités à s’embrasser devant l’ambassade de Brunei. Le but : contrer l’horreur par l’amour.

Se montrer, prouver que l’on existe

À deux pas, Erwan et Guillaume rient derrière l’arc-en ciel du drapeau LGBT. Ces deux cadres dans une grande banque regrettent «que la communauté ne se bouge pas plus». «Pour aller en boîte, pour aller à la Gay Pride, pour aller faire des plans sur Grindr y’a du monde, mais pour venir aux manifs c’est pas pareil», se moque Guillaume. Pour les deux trentenaires, qui ont dû taire leur orientation sexuelle dans le monde du travail, « il faut se faire voir». «Moi, j’avais tendance à me cacher, mais depuis deux ans je m’assume au travail. Je trouve que c’est important, ça ne demande pas beaucoup d’engagement et ça prouve qu’on existe», poursuit Guillaume. Son collègue acquiesce : «C’est comme au début quand on a un CDI. Je n’avais rien dit à mes collègues avant la fin de la période d’essai.» 

«Le mal arrive par ceux qui pensent le bien et qui n’agissent pas»

«Avant, on se battait pour avancer. Maintenant, on se bat pour ne pas régresser», condamne Catherine, jeune retraitée habituée des manifestations pour les droits humains. «On est toujours catastrophées, on se demande à quoi ressemblent les humains qui promulguent de telles lois, de telles horreurs. Pour nous qui avons vécu des années d’émancipation, c’est incompréhensible», déplore l’ancienne DRH. A ses côtés, Camille, 64 ans, peine à dissimuler sa colère. «Tellement d’émotions se mêlent! Je suis hors de moi, mais en même temps il y a une espèce de lassitude. La lapidation… c’est juste impensable, impossible.»

Leur colère s’adresse également aux personnes qui ne se mobilisent pas. «Pas d’excuses», pour Catherine. «Le mal arrive par ceux qui pensent le bien et qui n’agissent pas», foudroie‐t‐elle.

Les manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade de Brunei pour protester contre les lois liberticides promulguées le 3 avril 2019.

«C’est criminel de ne rien faire»

Chadi, 20 ans, est étudiant à la chambre syndicale de la couture parisienne. «Je suis optimiste, je crois en ma génération, on va de l’avant. Ces gens sont tellement arriérés, c’est préhistorique de penser comme ça», s’emporte-t-il. 
Il est vêtu d’un qamis, une tenue religieuse musulmane, qu’il a déstructuré pour l’occasion. Sur son dos, on peut lire «hommes, asseyez‐vous pour défendre vos droits» en caractères arabes. Chadi se sert de la mode pour dénoncer. À ses yeux, l’immobilisme est pire que tout : «Je ne suis pas français, je suis suisse et marocain. Au Maroc, les relations homosexuelles, c’est la prison. En France, on a la liberté de pouvoir protester, alors pour moi, c’est criminel de ne rien faire.» 

Chadi, étudiant en mode, porte l’une de ses créations avec un message d’ouverture.
Les manifestants affichent fièrement le slogan #SOSGayBrunei.

Crédit photo : Emeline Burckel