Blocages à La Défense contre la «République des pollueurs»

Près de 2000 militants écologistes ont bloqué, vendredi 19 avril à La Défense, plusieurs lieux symboliques tels que le siège de Total et de la Société générale. Ils protestent contre les «entreprises pollueuses» et «l’inaction climatique» du gouvernement.

«Et 1 ! Et 2 ! Et 3 degrés ! C’est un crime contre l’humanité !», scande la cinquantaine de manifestants qui bloque une des entrées du siège de la Société générale. Ils sont 2000 militants écologistes à s’être déployés dans le quartier d’affaires de La Défense, à l’est de Paris.

Devant le siège de la Société Générale. © Gaétane Poissonnier

Ils ont choisi de bloquer plusieurs lieux symboliques du réchauffement climatique et de l’«alliance toxique» entre États et grandes entreprises : les tours de Total, de la Société générale, d’EDF et une annexe du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Atelier peinture devant le siège de la SG. © Gaétane Poissonnier

Les militants, très jeunes dans l’ensemble, ont recouvert les murs du quartier d’affaire d’affiches à l’effigie d’Emmanuel Macron, désigné comme le «président des pollueurs», et peint des slogans sur le parvis.

Un jeune militant colle des affiches sur la tour de la Société générale. © Gaétane Poissonnier

Une trentaine de manifestants a réussi à pénétrer à l’intérieur de la tour de la Société générale, en début de matinée.

Le hall de la SG, occupé par des manifestants. © Gaétane Poissonnier

Toutes les portes de la tour sont bloquées par des militants, assis, qui alternent chants et slogans. «On est là, on est là, même si la SoGé ne veut pas, nous on est là !»

Tristan, jeune militant des Amis de la terre, explique que la Société générale «finance largement les énergies sales», notamment via le projet d’extraction de gaz de schiste Rio Grande, au Texas.

Siège de la Société Générale, vendredi 19 avril. © Gaétane Poissonnier

Devant les portes, quelques salariés de la banque se mêlent aux militants. Seuls ceux arrivés avant 8h ont pu rentrer. Une fiscaliste, dont le chef est à l’intérieur de la tour, parle des manifestants avec bienveillance. «Ils sont pacifistes, ils font entendre leur voix, poussent un coup de gueule, je comprends et ne vois pas grand‐chose de négatif à cela.»

Des jeunes manifestants chantent devant la tour de la SG. © Gaétane Poissonnier

«Enfin, j’aimerais quand même pouvoir travailler», nuance‐t‐elle. Les blocages se sont déroulés sans violence, hormis quelques gaz lacrymogènes tirés à bout portant par des policiers au milieu de la matinée.

Des militants bloquent les portes des tours de la Société Générale. © Gaétane Poissonnier

«C’est pitoyable», s’énerve une salariée. «Vous nous stigmatisez ! Il faut bien qu’on gagne notre vie.» «Moi, j’ai une fille de cinq ans, et très franchement, j’ai peur pour elle. Dans quel monde elle va grandir ? Travailler ? Vieillir ?», lui répond une jeune maman militante.

Militants et salariés devant le siège de la SG. © Gaétane Poissonnier

«Il y a des gens énervés, des personnes super ouvertes et entre les deux, des indécis. On essaie de beaucoup parler avec eux», raconte Tristan.

Un manifestant discute avec un salarié de la SG, empêché d’entrer dans les locaux travailler. © Gaétane Poissonnier

Non loin de lui, deux quadragénaires débattent paisiblement. «La Société générale ne pollue pas, ce sont ses clients qui polluent», argue le premier, employé de la banque. «C’est trop facile !», lui répond le second, manifestant. «Je ne suis pas gauchiste. Je veux juste une société meilleure», se défend‐il.

Devant le siège de la SG. © Gaétane Poissonnier

«Je suis surpris par leur organisation, c’est impressionnant, on devrait peut‐être s’en inspirer», rigole un cadre du groupe. Pauline Boyer, porte‐parole d’ANV-COP21, a indiqué à l’AFP qu’il s’agit de la «plus grosse action [qu’ils aient] organisée».

L’arche de La Défense. © Gaétane Poissonnier

L’opération avait été préparée dans la plus grande discrétion. Les militants, qui avaient obligation de suivre une formation à la désobéissance civile, avaient été prévenus des points de rendez‐vous par sms peu avant.