Conflit en Irlande du Nord : «  la plaie est toujours béante »

En Irlande du Nord, le conflit meurtrier entre catholiques et protestants des années 1990 est présent dans tous les esprits. Alors que le Brexit a ravivé les tensions entre communautés religieuses, la mort d’une jeune journaliste jeudi 18 avril accentue la peur de nouveaux troubles. 

La journaliste Lyra McKee n’avait que 8 ans lors de la signature des accords du Vendredi saint, en 1998. Cette spécialiste du conflit nord‐irlandais est morte le jour du 21e anniversaire de ce traité de paix entre unionistes protestants et républicains catholiques.

Jeudi soir, la journaliste de 29 ans a été abattue d’une balle lors d’émeutes dans le quartier populaire de Creggan, dans la ville frontalière de Londonderry. La balle a probablement été tirée par un membre de la Nouvelle Armée Républicaine d’Irlande (The New IRA en anglais), selon la police. Considérée comme une organisation terroriste par Londres, le groupe lutte pour la réunification de l’Irlande.

Un drame qui fait craindre une résurgence de tensions entre les communautés républicaines en majorité catholiques et les unionistes, en majorité protestantes.

Une division toujours visible

Selon Sean Brennan, chercheur à l’université Queen’s de Belfast, le conflit entre catholiques et protestants est toujours très présent dans les esprits. « Toutes les familles connaissent des personnes qui sont mortes pendant la guerre », affirme l’historien, spécialiste du sujet. « J’ai moi‐même perdu des amis. La plaie est toujours béante », confie‐t‐il. D’après lui, les troubles ont cessé mais les deux communautés vivent de manière séparée : « les catholiques et les protestants vont dans des écoles différentes, des centres sportifs différents. Il n’y a pas de mélange avant l’université », assure Sean Brennan.

Selon lui, l’absence d’apaisement résulte d’un manque de volonté politique : « Les dirigeants avaient promis que les accords de paix permettraient de relancer l’emploi dans ces régions très pauvres. Mais 21 ans après, le chômage est toujours très élevé. Les jeunes partent en Europe pour trouver du travail ». Autre problème, celui de la justice. « De nombreux meurtriers bien connus de la guerre se baladent toujours librement dans les rues de Belfast », développe l’historien. 

L’accord de paix de 1998 a tout de même permis de stabiliser la région frontalière avec la République d’Irlande. Car parmi les engagements pris figurent celui de supprimer les barrages trans‐frontaliers afin de faciliter les échanges entre les deux pays. Un système aujourd’hui menacé par le Brexit. 

Le Brexit ravive les tensions 

La sortie du Royaume‐Uni de l’Union européenne (UE) supposerait un rétablissement de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, la République d’Irlande faisant partie de l’UE. La réinstallation de points de contrôle tenus par les forces de l’ordre britanniques le long de cette ligne invisible de 500 kilomètres pourrait inciter certains groupuscules républicains qui ne se sont jamais vraiment ralliés au processus de paix, à reprendre les armes. Pour éviter d’en arriver là, Bruxelles réclame qu’un filet de sécurité («backstop», en anglais) soit mis en place dans l’hypothèse où les négociations avec Londres échoueraient.

Après la mort de Lyra McKee, les habitants du quartier de Creggan ont toutefois rejeté ces violences. Sean Brennan le confirme : « Les groupuscules comme la Nouvelle IRA tentent de profiter du contexte politique incertain, mais personne ne souhaite vraiment de nouvelles tensions entre communautés ». Demain, un représentant religieux de chaque communauté catholique et protestante sera présent pour les funérailles de la journaliste Lyra Mckee à Belfast. Comme le signe d’une volonté d’apaisement.