La galère des pirates français

Alors que le Parti Pirate tchèque est en vogue, son homologue français peine à garder la tête hors de l’eau. A l’approche des éléctions européennes, ses 300 adhérents se battent pour faire leur entrée dans le grand bain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les élections européennes approchent et l’angoisse monte chez les 300 adhérents du Parti Pirate français. Ils ont réussi à obtenir les 79 candidats nécessaires pour présenter une liste européennes mais le micro‐parti peine désormais à finaliser le dossier administratif. « On risque de ne pas réussir à tout terminer dans les temps, ca serait vraiment dommage » déplore Merlin, 21 ans, étudiant en ingénierie et porte‐parole du Parti Pirate. 

Crée en Suède en 2006, le Parti Pirate est pro‐européen, humaniste et écologiste. Il souhaite remettre la démocratie et le partage du savoir aux mains des citoyens. Il prône la « démocratie liquide », sans chefs, ni leaders. Les pirates sont particulièrement virulents sur les questions de gestion des données personnelles liées aux nouvelles technologies, défendant envers et contre tout la liberté.

Le Parti Pirate est présent dans tous les pays d’Europe. Leur symbole de ralliement est le même : un drapeau fièrement hissé en haut d’un mat. En plein essor début des années 2010, surtout dans les pays scandinaves, le parti a maintenant le vent en poupe en Europe de l’Est. La mairie de Prague est tenue, depuis 2018, par un pirate. Aux dernières législatives tchèques, le parti est devenu la seconde force du pays, espérant obtenir, selon les derniers sondages, 21% des voix lors des éléctions européennes à venir.

Un obstacle à la démocratie 

En France, c’est une tout autre histoire. Importé dans l’hexagone en 2009, le parti a du mal à convaincre. Selon Merlin, c’est surtout le système de scrutin français qui serait « un obstacle à la démocratie » et qui empêcherait « l’émergence des petits partis.»

En France, contrairement à d’autres pays comme la Belgique, l’Etat n’imprime pas des bulletins de vote communs, c’est aux partis de le faire eux‐mêmes. Pour obtenir un maximum de voix, un parti se doit d’être présent sur tout le territoire. Pour 45 millions de bulletins, le porte‐parole estime le coût d’impression à 300 000 euros. Impossible donc à financer pour un micro‐parti qui garde la tête hors de l’eau grâce aux cotisations de ses adhérents et à des campagnes de crowdfunding. 

La question du seuil d’éligibilité crée également de nombreux remous. Lorsqu’un pays possède plus de 35 sièges au parlement, les candidats pour être élus doivent avoir obtenu au minimum 5% des votes. En Allemagne, ce seuil a été supprimé car qualifié d’anti-constitutionnel.

Cette spécificité de scrutin avait permis à la députée pirate Julia Reda de passer entre les mailles du filet et d’être élue euro‐députée en 2014. Merlin est catégorique : « Julia Reda est la seule pirate d’Europe a avoir gagné sa place au parlement, sûrement grâce à ce système. En France, à cause de ce seuil, nous aurons vraiment beaucoup de mal à passer.»

« Ces deux problèmes sont de vrais freins pour nous » décrit Merlin.  « Même d’autres partis, avec bien plus d’adhérents comme le PS ou Génération‐s sont confrontés aux mêmes soucis ». Il avoue tout de même, lucide, que le succès fulgurant des pirates en République Tchèque est également lié à un rejet des partis traditionnels qui n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe.

Les pirates français sont pragmatiques et savent qu’ils n’ont aucune chance d’entrer cette année au parlement européen. Pas question d’abandonner pour autant. « On a peu d’adhérents, mais ils participent énormément » répète Merlin, convaincu. Alors en attendant une autre occasion de faire surface, les pirates continuent de travailler dans l’ombre :  « On voudrait vraiment que les gens se réapproprient leur démocratie et qu’ils se révoltent.»