Le Front national à Sciences Po : Quatre ans et puis s’en va

Le Rassemblement national, anciennement Front national, s’est implanté à Science Po Paris en 2015, devenant même la deuxième section de l’école, derrière Les Républicains (LR) et devant le Parti Socialiste (PS). Aujourd’hui, cette section n’est plus qu’une coquille vide.

Nathalie Loiseau, tête de liste La République En Marche (LREM), a cotoyé de près un syndicat d’extrême-droite lors de ses études à Science Po. Mediapart a dévoilé que l’ancienne ministre des Affaires européennes a figuré, en 1984, sur la liste de l’Union des étudiants de droite (UED), affiliée au GUD. L’école de la rue Saint‐Guillaume, dans le VIIe arrondissement de Paris, a une histoire floue avec les mouvances d’extrême-droite, qui ne sont jamais réellement parvenues à s’implanter durablement.

L’école a été marquée des années 1980 à 2010 par l’absence de diversité politique, voulue, selon certains étudiants, par la direction. Frédéric Mion, l’actuel directeur de Science Po depuis 2013 « est plus ouvert au débat démocratique », affirme Frédéric, étudiant en Master en Affaires publiques.

En 2015, le Front national est parvenu à créer une section au sein de l’école grâce à l’initiative de cinq étudiants : David Masson‐Weyl, Davy Rodriguez, Thomas Laval, Antoine Chudzik et Aymeric Merlaud. Elle n’existe désormais plus.

Frédéric présent au moment de son implantation souligne : « Il y a eu beaucoup d’opposition d’antifas, et de militants de gauche radicale. » Des tags antifas ont été réalisés sur la façade de l’école lors de la reconnaissance de l’association.

Cette opposition est largement relativisée par David Masson‐Weyl :
« L’implantation n’avait vraiment pas été compliquée, à part quelques syndicalistes étudiants bien identifiés et virulents. » Désormais conseiller régional de la région Grand Est, et membre du mouvement Les Patriotes de Florian Philippot, il se félicite qu’à l’époque, « l’association ait rapidement obtenu les 120 voix nécessaire à sa reconnaissance. Après LR mais avant le PS. »

Coquille vide

Mais voilà, une fois en place, la section RN de Science Po « ne fait pas grand chose » et fait même figure de « coquille vide » affirme un étudiant en master 2. « Ils n’ont organisé qu’une seule conférence sur l’Outre-Mer, nous précise une étudiante de l’Ecole Doctorale de Science Po, C’était juste une stratégie de légitimation pour dire ‘On est là’. »

David Masson‐Weyl avance deux raisons à cette absence d’activisme politique : « La première, l’hostilité des syndicats étudiants qui auraient à coup sûr fait capoter nos événements en bloquant. La seconde, c’est que beaucoup de cadres du parti ne souhaitaient pas du tout venir s’exprimer : soit ils n’en voyaient pas l’intérêt, soit ils craignaient une trop grande hostilité de la salle. »

Mais le conseiller régional affirme que la présence du RN était surtout une présence médiatique pour montrer que les élèves de l’école « étaient aussi divers que la société française. (…) La portée symbolique était pour [les étudiants] très forte ».

Quelques mois après son implantation, la section subit un premier échec cuisant. Florian Philippot, alors vice‐président du parti, devait débattre au sein de l’école. Un sit‐in d’une quarantaine étudiants en décide autrement, son « Grand oral » est empêché.

Du FN aux Patriotes : la mort de la section

David Masson‐Weyl et ses camarades ont quitté la section après le départ fracassant de Florian Philippot du RN en 2017. La raison selon l’élu du Grand‐Est ? Une droitisation toujours plus importante du parti : « La section a disparu avec le départ de Florian Philippot : la plupart des fondateurs et moi‐même avons en effet quittés le parti en même temps. »

Depuis, personne n’a repris le flambeau : « Le FN Science Po était quasi exclusivement composé de membres du courant progressiste du parti, certains diront l’ancienne aile gauche.  Quand le parti s’est re‐droitisé après la présidentielle, tout le monde ou presque est parti. (…) C’est mort depuis deux ans.»