Zélensky président, et maintenant ?

Le comédien Volodymyr Zelensky est le nouveau Président ukrainien. Avec 73% des voix, il a été plébiscité par la population. Pour l’Ukraine, c’est un saut dans l’inconnu. Quels sont les cinq points à retenir de cette élection ?

A 41 ans, Volodymyr Zelensky devient le plus jeune président de l’Ukraine depuis l’indépendance en 1991. Jamais Président n’avait connu un soutien aussi massif. Les Ukrainiens ont choisi le renouveau et l’inconnu dans un pays épuisé par la corruption, les défis économiques et une guerre meurtrière avec la Russie. 

  • Un humoriste « sympa » à la tête de l’Ukraine

Avant de devenir Président de la République d’Ukraine, Zelensky avait déjà été Président … dans une série télé à succès ! Son nom : Serviteur du peuple. Il y incarnait un professeur d’histoire qui devenait président pour nettoyer le pays de la corruption. Grâce à ce rôle, M. Zelensky a donné aux plus de 13 millions d’Ukrainiens ayant voté pour lui le sentiment que la politique pouvait être autre chose.  Il a trouvé les paroles qui ont su incarner le changement et porter un espoir pour la paix.

Loin de chercher le clivage, Zelensky a cherché toute la campagne électionale à rassembler. L’Ukraine est un pays divisé par une guerre avec la Russie depuis 2014. Contrairement à ses concurrents, il n’a pas fait campagne sur la peur et a dit vouloir cesser « l’ukrainisation » linguistique et culturelle menée par l’ancien président Porochenko. Il avait imposé l’ukrainien comme langue officielle pour les minorités russophones.

  • Gouverner et garder le soutien de l’UE : deux défis majeurs 

Pour Dorota Dakowska, professeure des universités (Lyon II) spécialiste de l’Europe centrale, Zelensky doit d’abord se mettre en position de gouverner alors que son parti n’a aucun représentant au Parlement. Ce qui est loin d’être gagné. Deux solutions : trouver un équilibre avec l’assemblée ou bien faire des élections anticipées pour obtenir une petite majorité.  « Autrement, l’enthousiasme de son électorat risque de retomber » estime-t-elle. 

Garder le soutien de l’UE est un autre défi essentiel pour le nouveau président. L’Ukraine n’est pas membre de l’union, mais elle reçoit une aide financière dans le cadre d’un accord d’association. Cet apport économique, indispensable, est conditionné par la mise en place de réformes comme la modernisation de l’administration publique et la baisse de la corruption.

  • Un leader sans programme et sans équipe 

Il a beau être l’un des comédiens les plus en vogue en Ukraine, Zelensky n’a jamais eu la moindre expérience politique. Il va devoir rapidement faire reconnaître son nouveau statut sur la scène internationale et incarner la fonction présidentielle. La question de son aptitude à gouverner a été l’un des vrais enjeux de la campagne électorale.

Ce n’est que jeudi dernier qu’il a révélé les premiers noms de sa future équipe. Parmi eux : aucune personnalité connue du grand public. Ce qui est perçu par ses soutiens comme un gage d’intégrité.

Le programme du nouveau président est également un mystère. « Il a multiplié des discours contradictoires et ses promesses sont difficilement tenables » explique Dorota Dakowska.  Concernant l’économie, il promet de ménager les bailleurs de fonds du FMI et de l’Union européenne et tient un discours d’inspiration libérale. « Faire ce que le peuple attend » et « lutter contre la corruption » sont ses deux mantras depuis qu’il s’est déclaré candidat.

  • L’échec de l’ancien Président Porochenko 

La victoire de Zelensky témoigne avant tout de l’échec de l’ancien président, Petro Porochenko. Comme pour la France ou l’Italie, avec le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, les électeurs ukrainiens ont souhaité renouveler massivement le personnel politique.

Pour se faire réélire, Porochenko s’est montré résolument nationaliste en mettant en avant la religion orthodoxe, l’armée et la langue.  Il n’a pas su entrer en phase avec les Ukrainiens, peinant même à se qualifier pour le second tour (16%). Il a aussi pâti d’une image écornée par sa faiblesse dans le lutte contre la corruption.

Sa défaite met fin à la domination des hommes politiques post-soviétiques formés dans les années 90. « Nous ne laisserons pas passer d’erreurs » a‑t-il cependant annoncé hier soir. Il promet également de gagner les législatives prévues le 27 octobre et de revenir pour les présidentielles en 2024.

  • Un succès démocratique 

Les transitions démocratiques n’ont pas toujours évidentes en Ukraine. En 2004, la révolution orange s’était déclarée après la proclamation des résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle. Beaucoup d’Ukrainiens avaient dénoncé des élections truquées par le président d’alors. Cette fois, les observateurs de l’OSCE ont salué un « vote pluraliste » qui respecte « les libertés fondamentales ».

Nombre d’hommes politiques reviennent également sur ce succès démocratique. Dans un message commun, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission Jean-Claude Juncker ont souligné « le fort attachement à la démocratie et à l’Etat de droit » des Ukrainiens.

« Vive la démocratie » a pour sa part réagi sur RTL Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publiques aux élections européennes. Puis d’ajouter : « Le président a perdu, il se retire : c’est un exemple pour cette région ».