A Nemours, les Gilets jaunes n’attendent rien d’Emmanuel Macron

Le président de la République doit annoncer jeudi à 18h les mesures issues du grand débat national. Sur le rond-point de Nemours, dans le sud de la Seine-et-Marne, les Gilets jaunes ne croient pas au changement.

Ce 24 avril au matin, sur le rond‐point de l’Europe, le sujet de conversation principale, ce n’est pas Emmanuel Macron. « Moi, je n’attends plus rien de sa part », annonce d’emblée André, que tout le monde appelle Dédé. « Ici, Macron, il ne considère pas la France ». Puis il ajoute : « Il veut nous donner une miette et tout nous retirer quand on devra payer des impôts. » Pour lui, comme pour ses camarades de lutte, Paris est bien loin. Tout comme la conférence de presse du lendemain.

André n’attend plus rien des annonces d’Emmanuel Macron.

Si quelques irréductibles se sont retrouvés ce matin, c’est pour faire face à l’opération de délogement du « QG » des Gilets jaunes. Cela fait six mois qu’ils s’y retrouvent presque tous les jours. La semaine dernière, une plainte contre X a été déposée par la mairie pour occupation illégale du rond‐point et détérioration de l’espace public. Face à ces accusations, les Gilets jaunes ont tout nettoyé en début de semaine.

Ce matin, la pelleteuse des services techniques de la ville retire les quelques sacs encore sur place. Dédé secoue la tête pensivement : « Ça nous fait mal au cœur mais on reviendra ». Il est 10h45. Comme une page qui se tourne, la pluie vient fendre les nuages. Il n’y a plus d’abri sur le rond‐point. Tout le monde part se réfugier sous la station de lavage auto Elephant Bleu, située sur le parking du supermarché Casino. Le débat s’installe.

« L’ENA, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? »

La seule mesure susceptible d’être annoncée par Macron, arrivée aux oreilles des Gilets jaunes, c’est la suppression de l’ENA, la prestigieuse école nationale d’administration. Denis, retraité, le visage marqué par les années de travail, lance d’une voix haute : « Ça ne nous regarde pas l’ENA ». « L’ENA, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? », renchérit Claude.

D’autres mesures ont fuité dans les médias ces dernières semaines. Ils en prennent connaissance. « Il y a des petites choses. On voit qu’il fait des efforts mais ce n’est pas assez », estime Claude. Son regard se penche vers le référendum « local » d’initiative citoyenne. Une mesure essentielle selon lui. Mais il n’est pas complètement satisfait : « Encore une fois, il donne un bout mais il ne répond pas à notre demande ». « Ils veulent appliquer ça au niveau de la commune mais il faudrait l’appliquer aussi au niveau national et régional », explique‐t‐il.

Claude pense que la situation changera grâce aux urnes.

« Le plus important, c’est qu’il arrête les fermetures d’hôpitaux et d’écoles », estime pour sa part Fred. « Mais qu’on ne nous la mette pas à l’envers » prévient‐il aussitôt. Il se méfie. Pour lui, pas de suppression d’hôpitaux ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de suppression de postes. Pas de suppression d’écoles ne veut pas dire pas dire qu’il n’y aura pas de suppression de classes.

Jeudi, à 18h, Claude sera devant son poste de télévision. Pour lui, deux mesures indispensables ont au moins été oubliées : la proportionnelle intégrale aux prochaines élections législatives et la prise en compte du vote blanc. Volubile et bon communiquant, Claude pense s’engager en politique aux prochaines législatives, « parce que ça ne pourra bouger que grâce aux urnes ».