Est‐il vrai que le financement des campagnes par les banques est un « scandale », comme le dit Thierry Mariani ?

LE BOL D’UN FAUX DU 24 AVRIL. Tous les jours à 14h, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ? Aujourd’hui on s’intéresse à Thierry Mariani. Le candidat du Rassemblement national (RN) aux Européennes a dénoncé le financement bancaire des campagnes électorales sur l’antenne de RFI.

Interrogé mercredi 24 avril sur RFI à propos de l’emprunt patriote auquel le Rassemblement National a eu recours pour financer sa campagne, le candidat aux Européennes Thierry Mariani répond : « Il y a un vrai scandale aujourd’hui avec les banques qui refusent de prêter [aux partis]. »

Thierry Mariani, invité de Frédéric Rivière

« Macron est resté sourd » ► L’ancien ministre des Transports, Thierry Mariani, candidat sur la liste Rassemblement national aux élections européennes, était ce matin l’invité de Frédéric Rivière sur RFI.

Publiée par L’invité du matin — RFI sur Mardi 23 avril 2019

Des accusations récurrentes. On les retrouve déjà dans la bouche de Marine Le Pen, lors du lancement, le 8 avril, de l’emprunt patriote qui lui a permis de récolter 4 millions d’euros. Mais aussi lors de la présidentielle de 2017. Face au refus des banques françaises de lui prêter de l’argent pour financer sa campagne, la cheffe du parti d’extrême-droite avait dû se tourner vers des banques étrangères.

Quelles sont les règles en vigueur ?

Une loi du 25 juin 2018 encadre le financement des partis pendant les élections Européennes. Elle fixe un plafond de 9,2 millions d’euros de dépenses pour chaque liste. Ce plafond peut être augmenté dans la limite de 2 % pour les frais en outre‐mer.

Comme l’explique le président d’Anticor, Jean‐Christophe Picard, à CFJLab, « en France, nombreux sont les partis qui se tournent vers les banques. » Le médiateur du crédit, une institution publique, facilite ensuite le dialogue entre eux.

Un dialogue qui tourne souvent autour des capacités de remboursement. Une capacité est liée au remboursement des frais de campagne par l’Etat français. Or un parti n’est pas automatiquement dédommagé. Pour ça, la loi de 2018 fixe une condition : il faut obtenir au moins 3 % des suffrages exprimés.

Alors, les petits partis sont désavantagés ?

Ne pas remplir cette condition, c’est justement la crainte des petits partis. Si les banques ne sont pas confiantes dans leur capacité à atteindre les 3 %, elles refusent d’accorder le prêt. C’est à ça que Thierry Mariani fait référence lorsqu’il évoque un scandale.

Car son parti n’est pas le seul à s’être heurté à un refus. Le Nouveau parti anticapitaliste de Philippe Poutou, Lutte ouvrière, le parti communiste ont aussi dû se résoudre à une alternative de financement. Le mouvement Génération.s de Benoît Hamon, raconte dans le HuffPost les garanties exigées par la banque : « trois sondages consécutifs » présentant des intentions de vote supérieures à 7 %. Le parti Debout la France, de Nicolas Dupont‐Aignan a quant à lui essuyé dix refus bancaires !

Mais le RN, c’est le deuxième parti en termes d’intentions de votes pour les Européennes. Alors, c’est quoi le problème ?

Déjà, le RN fait face à des dettes qui s’élèvent à 28 millions d’euros : 13 millions de dettes pures, 9 millions prêtés par une banque russe, et 6 par Cotelec, une société appartenant à Jean‐Marie Le Pen.

Comme si cela ne suffisait pas, le RN et ses dirigeants sont empêtrés dans plusieurs affaires. Des enquêtes sont en cours, par exemple sur des soupçons de surfacturation lors des campagnes de 2012 ou dans l’affaire des assistants parlementaires européens.

« Ces déboires judiciaires sont bien connus des banques françaises. » estime Jean‐Christophe Picard. Parler de scandale dans le cas du Rassemblement national peut donc paraître un peu exagéré. Mais il existe bien un déséquilibre de financement entre les différents partis.