Européennes : sur le glyphosate, seule la date de sortie fait débat

1 JOUR 1 ENJ'U.E. Derrière les promesses des candidats se dessinent des postures politiques, de l'impératif d'une sortie éminente brandie par Yannick Jadot (EELV) à la tonalité plus conciliante de François-Xavier Bellamy (LR), volontiers proche des agriculteurs.

Le fait est assez rare pour être souligné : parmi tous les candidats français aux élections européennes, le glyphosate fait l’unanimité… contre lui ! Majorité et opposition s’accordent sur la volonté d’interdire, à terme, l’utilisation du désherbant le plus utilisé au monde. Seule diffère l’échéance proposée et, à travers elle, la posture des différents formations politiques face, notamment, aux préoccupations des agriculteurs.

Notoirement contenu dans le Roundup, produit phare de la marque américaine Monsanto affiliée au groupe allemand Bayer, le glyphosate a été lancé sur le marché en 1974. Il suscite l’inquiétude depuis mars 2015 : un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé classe alors le puissant herbicide comme une substance « probablement cancérogène ».

Depuis, le débat se joue au niveau européen. Devenue ces dernières années une préoccupation majeure pour les consommateurs, l’interdiction de l’herbicide a même fait l’objet d’une pétition signée par plus d’1,3 million d’entre eux.

Sur fond de controverse sur les études scientifiques évaluant la toxicité du produit, sa réautorisation pour dix ans dans l’UE a été examinée en novembre 2017.  Les Etats membres ont finalement choisi de la prolonger pour cinq ans, contre l’avis de la France, qui souhaitait la limiter à trois ans.

L’enjeu est donc crucial pour la campagne en cours : les députés élus en mai prochain et la Commission désignée par la suite auront en main l’avenir du produit. Arrivée à échéance le 15 décembre 2022, son autorisation de mise sur le marché devra être reconsidérée.

Les Verts : pour une interdiction immédiate

Sur le plateau de « L’Emission politique », toutes les têtes de liste se sont prononcées pour l’interdiction définitive en 2023. Toutes, sauf Yannick Jadot. Le candidat Europe Ecologie-Les Verts s’est abstenu, prônant plutôt une interdiction immédiate. Un moyen pour la candidature des Verts de se démarquer pendant le débat.

LREM : une interdiction sous conditions

Il faut préciser ici que la France s’est immédiatement démarquée de l’échéance de 5 ans fixée au niveau européen. Le 27 novembre 2017, au soir de la décision de renouvellement, Emmanuel Macron avait promis de sortir du glyphosate en trois ans.

Dès le surlendemain, Nathalie Loiseau, tête de liste LREM aux Européennes, alors ministre aux Affaires européennes, avait réagit sur Public Sénat : « 5 ans c’est encore trop »

Depuis, Nathalie Loiseau, dans la lignée du gouvernement, ont exclu une sortie totale en trois ans. En cause : l’absence d’alternatives au produit pour les agriculteurs, premiers concernés par sa disparition. Le 5 avril dernier, l’ancienne ministre déclarait : « Nous nous sommes engagés à sortir du glyphosate en trois ans, en ne laissant personne au bord du chemin parce que nous ne voulons pas opposer l’environnement et l’agriculture.»

La liste LREM a surtout été la cible d’attaques pour incohérence sur le sujet, notamment de la part de Yannick Jadot. En cause, le duo improbable formé par Pascal Canfin, militant écologiste à la 2e place, et Jérémy Decerle, numéro 4 et ancien président des Jeunes Agriculteurs, « qui se bat pour le glyphosate » selon la tête de liste des Verts.

Pour faire taire les critiques, les deux co-listiers ont écrit une tribune commune dans Le Parisien le 14 avril dernier dans laquelle ils assurent vouloir « diviser par deux la consommation de pesticides d’ici à 2025 et réussir la sortie du glyphosate ».

Les Républicains : protéger avant tout les agriculteurs

Derrière l’unanimité contre le glyphosate, des nuances de postures se dessinent. Lors du meeting de lancement de la campagne des Républicains, François-Xavier Bellamy, tête de liste, s’est ainsi empressé de rassurer les agriculteurs : « Nous avons l’agriculture qui respecte les standards les plus élevés au monde. Et tout ce que nous ferons pour fragiliser cette agriculture française, nous le ferons contre l’écologie. »