Exercices de respiration, répétitions, visualisation : comment les politiques préparent le débat de ce soir

Ténors de la politique ou jeunes premiers, les politiques font souvent appel à des coachs pour préparer leurs allocutions. En vue de l’émission « La Grande confrontation » diffusée ce soir sur LCI, des « coachs politiques » nous expliquent comment ils préparent les élus à l’exercice.

Tels des athlètes de haut niveau à quelques heures d’une compétition, les chefs de partis sont injoignables. François Bayrou (MoDem), Olivier Faure (PS), Marine Le Pen (RN), Laurent Wauquiez (LR), Stanislas Guerini (LREM) et Adrien Quatennens (FI), en l’absence de Jean‐Luc Mélenchon, sont en pleine préparation du débat de ce soir : « La Grande confrontation » organisé sur LCI et animé par David Pujadas. « Peut‐être sont‐ils en train de faire des exercices de respiration ? » plaisante, à moitié, Luc Teyssier d’Orfeuil fondateur de la société Pygmalion Communication. Coach depuis 27 ans, il compte dans sa clientèle des élus politiques, « des maires et des députés, de tous les âges ». Une clientèle gardée secrète.

S’il n’a jamais coaché l’une des têtes d’affiche du plateau de ce soir, Luc Teyssier d’Orfeuil a déjà donné des conseils à des élus, angoissés à l’idée de débattre avec des confrères.  « D’abord il faut connaître ses sujets sur le bout des doigts » assure le coach. Même refrain pour Jean‐Philippe Lafont, ex‐baryton, et coach vocal d’Emmanuel Macron pendant sa campagne. Leur technique pour préparer les politiques ? « Poser toutes les questions qu’on a sur le sujet ! » répondent‐ils presque d’une même voix.

Eviter la catastrophe

Une fois le thème appris sur le bout des doigts, place à la répétition. Pour ça, Luc Teyssier d’Orfeuil a une technique bien à lui, inspirée des coachs sportifs… « la visualisation ». Il explique : « L’homme politique ferme les yeux, et je lui fais visualiser la salle où il va débattre, la tête de ses adversaires, les mots qu’il souhaite absolument dire ».

Puis, vient le tour de la respiration. « On respire avec le ventre, avec la bouche, pendant 20 minutes au moins ! C’est obligatoire pour entrer dans le ring politique » martèle Jean‐Philippe Lafont. Lui, se souvient avoir demandé au président de la République d’insister sur la ponctuation dans ses discours, « laisser des silences, faire vivre les virgules » pour éviter ce qu’il nomme « la catastrophe oratoire ». A comprendre derrière cela : le célèbre « Parce que c’est notre projet ! » hurlé par Emmanuel Macron en décembre 2016 à la fin d’un discours à Bercy.

Autre cas d’école à éviter pour notre coach : Marine Le Pen face à Emmanuel Macron pendant l’entre-deux-tours. Pour Jean‐Philippe Lafont, la candidate du Front nationale a été « inaudible, pas seulement par les mots, mais aussi par son comportement : trop de gestes, des rires mal placés, son électorat ne pouvait pas être réceptif ».

Professionnalisation politique

Les coachs  sont loin d’être nouveaux dans le paysage politique. Bruno Cautrès, politologue du comportement, date le début du phénomène dans les années 1980. Pour l’expert, c’est la multiplication des chaînes de télévision et des stations de radio qui a obligé les politiques à se professionnaliser, même durant leurs allocutions, afin d’être « pertinents, plus vite et mieux ». Toutefois, le fondateur de Pygmalion Communication, Luc Teyssier d’Orfeuil, remarque que sa clientèle politique est de plus en plus nombreuse ces dernières années : « Avec l’actualité des Gilets jaunes, les élus sont stressés, ils ont peur de mal s’exprimer, ne savent pas vraiment comment se tenir, on sent une certaine tension ».

Pour les coachs, l’enjeu de ce soir est de clarifier les positions européennes des partis politiques. Une émission à la manière d’un « match de ping‐pong » que les coachs et le politologue espèrent plus réussi que le dernier débat sur France 2 qui avait réuni les 12 têtes de listes aux élections européennes. « L’objectif dans un tel débat c’est d’avoir des idées très claires. Il faut que les auditeurs parviennent à identifier une idée par parti politique ». A ce jeu là, le coach Luc Teyssier d’Orfeuil a une astuce, « prendre exemple sur Georges Marchais ». Cet homme politique français avait l’habitude ne pas répondre directement à la question posée « mais de placer les sujets et les réponses qu’il souhaitait aborder ».

Il n’y plus qu’à espérer que les politiques de ce soir aient entendu tous ces conseils avant d’entrer sur le plateau.