Emmanuel Macron en fait‐il trop pour la reconstruction de Notre‐Dame, comme le dit Bruno Retailleau ?

LE BOL D'UN FAUX. Tous les jours à 14 h, CFJLab décrypte les mots des invités politiques dans les matinales. Un faux, infox, intox ? Aujourd’hui, on s’intéresse à Bruno Retailleau. Le sénateur de Vendée et président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat a accusé Emmanuel Macron d’en « faire trop pour Notre-Dame de Paris » sur l’antenne de RTL jeudi 25 avril. 


Interrogé ce jeudi 25 avril sur RTL à propos du projet de loi pour restaurer la cathédrale Notre‐Dame de Paris, sinistrée par les flammes lundi 15 avril dernier, Bruno Retailleau a fustigé « une loi d’exception, uniquement là pour crédibiliser la promesse d’Emmanuel Macron de reconstruire en cinq ans ». Et d’ajouter : « Emmanuel Macron en fait trop, c’est de l’instrumentalisation, ce n’est pas son objet ».

Une loi d’exception pour Notre‐Dame

Notre‐Dame est devenue, comme 86 autres cathédrales en France,  la propriété de l’Etat depuis la loi de 1905 relative à la séparation de l’Eglise et de l’État. Il a donc à sa charge, sa restauration ainsi que son entretien.

Un peu plus d’une semaine après l’incendie qui a ravagé Notre‐Dame, un projet de loi intitulé « Restauration et conservation de Notre‐Dame de Paris et institution d’une souscription nationale », a en ce sens été présenté en conseil des ministres mercredi 24 avril. L’objectif : reconstruire en cinq ans le joyau architectural.

Selon les modalités, le projet de loi devrait permettre au gouvernement de passer outre certaines obligations, notamment par le biais d’ordonnances en matière de marchés publics et de lois de protection du patrimoine dans le but de « faciliter la réalisation de travaux ». 

Mais l’initiative suscite surprise et mécontentement dans le monde de la culture ainsi que dans la classe politique. Ils critiquent la « précipitation » et « le non‐respect des règles en vigueur ». Des critiques auxquelles se joint Bruno Retailleau sur RTL. Le président du groupe LR au Sénat a notamment indiqué que son groupe ne voterait pas tel quel le projet de loi. « On a un code du patrimoine, un code du marché public. On ne va pas dépenser de l’argent public en contrevenant aux lois qui nous permettent de faire en sorte qu’on n’avantage pas telle ou telle entreprise », a‐t‐il insisté.

Des dérogations par ordonnances

D’ordinaire, la législation du marché public doit respecter trois principes : la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement des candidats ainsi que la transparence des procédures. Ces principes établis permettent entre autres, d’assurer l’efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics.

Dans le cas de Notre‐Dame, l’ancien ministre de la culture sous François Mitterrand, Jack Lang, a expliqué à l’AFP avoir « une réserve sur la liberté qui serait accordée de s’affranchir des règles du marché public ». Et de rappeler que lorsqu’il était au gouvernement de vastes chantiers ont été exécutés rapidement sans aucune dérogation ».

« En neuf mois, nous avons redoré ainsi le Dôme des Invalides en 1988, et, en quatre ans, nous avons restauré la totalité du Palais du Louvre sans aucune dérogation. De même la cathédrale de Strasbourg et beaucoup d’autres chantiers », a‐t‐il relevé auprès de l’AFP.

De son côté, Stéphane Bern, chargé depuis 2017 d’une mission patrimoine par le président de la République Emmanuel Macron, s’est déclaré inquiet. « Les lois d’exception, ça m’angoisse toujours. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a‐t‐il déclaré à l’AFP.

De la mise en place d’une cagnotte pour les dons à la proposition d’une loi exceptionnelle pour une reconstruction « plus efficace », l’implication du gouvernement est inédite. Mais elle s’appuie sur la responsabilité qui incombe à l’Etat de prendre en charge la reconstruction de l’édifice.