Emmanuel Macron : un changement en marche ?

En réponse à la crise des Gilets jaunes et au Grand débat national, Emmanuel Macron, qui se dit « changé », adopte un ton nouveau. Ses considérations sociales contrastent avec le cap, maintenu, de ses réformes.

Il suffit de voir les mots employés, à près d’un an d’intervalle, à l’égard des retraités. Mars 2018. Alors en déplacement dans la Marne, Emmanuel Macron demande « des efforts » aux « plus âgés », qui « parfois râlent ». « Mais j’assume », s’enorgueillit-il alors. Jeudi 25 avril, le chef de l’Etat fait profil bas : « J’ai cru que leur protestation n’était pas légitime. »

C’est un président en apparence renouvelé que près de 300 journalistes et 8,5 millions de téléspectateurs ont pu découvrir, jeudi. Lors de cette conférence de presse, la première depuis son accession à l’Elysée, le chef de l’Etat devait dresser le bilan du Grand débat national, mis sur pied en réponse à la colère des Gilets jaunes. Dans cet exercice inédit, l’ancien banquier a souvent semblé décidé à montrer un nouveau visage. « Cette période m’a changé », assure‐t‐il, tout de go, après un rapide propos liminaire. Affirmation peut‐être périlleuse, tant le chef de l’Etat reste attaché à son cap…

Il y a donc d’abord cette sorte d’acte de contrition, de mea‐culpa qui ne dit pas son nom. Énumérant les difficultés des Français, exemples à l’appui, Emmanuel Macron assure « avoir beaucoup appris ». Le Grand débat, dit‐il, a fait « ressortir des sentiments d’injustices sociales et territoriales ». « Notre projet doit être plus juste et plus humain », déclare‐t‐il.

« Fini l’arrogance »

Ce qui pourrait s’apparenter à une forme d’humilité frappe d’ailleurs la presse internationale. « Conciliant », selon le média américain Politico, le ton de Macron a été « spectaculairement plus humble que celui qu’on lui connaissait », renchérit le quotidien belge Le Soir. Le chef d’Etat, « affecté » par les manifestations des Gilets jaunes, va jusqu’à promettre de « se réformer », analyse le New York Times. « Fini l’arrogance. Plus d’humanité. Plus de compréhension. Plus d’écoute. Moins donneur d’ordre », croit voir le journal. Comme pour parfaire le tableau, le locataire de l’Elysée pouvait même se targuer de… ponctualité ! Ce n’était pas pour déplaire aux journalistes, habitués aux fameux retards de l’ancien banquier.

Pourtant, dans l’Hexagone, les Unes restent sceptique. C’est le cas pour Mediapart, qui titre « Face à la presse, Macron promet qu’il ne changera rien ». Le site d’information décrit la posture du président de la République comme celle d’ « un professeur qui fait la leçon à des élèves ». Le Monde parle lui de « mise en scène ».

Derrière des mesures sociales, le cap maintenu

Au cours de son allocution, Emmanuel Macron a certes énoncé quelques mesures plus sociales : baisse de l’impôt sur le revenu, nouveaux mécanismes de participation citoyenne… Avec l’indexation des retraites de moins de 2000 euros sur l’inflation, il fait un geste pour les plus de 60 ans. Mais si Macron ne souhaite pas repousser l’âge légal de départ de la retraite, il entend allonger la durée de cotisation pour inciter les Français à travailler plus longtemps.

Le « travail », il l’a d’ailleurs martelé à plusieurs reprises dans son discours, est placé au cœur de sa politique. « On doit travailler plus. Quand je regarde nos voisins, la France travaille beaucoup moins », souligne‐t‐il. Et Emmanuel Macron de rester fidèle à son cap, assumant par exemple la réforme de l’Impôt sur la fortune (ISF) « Nos orientations étaient à bien des égards justes », se défend‐il.

Le président assume des « décisions impopulaires »

N’en déplaise aux Gilets jaunes, le vote blanc ne sera pas reconnu. Et seule une réforme du référendum d’initiative partagée répondra à ceux qui plaidaient pour la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC)… Ce ne sera donc pas le grand soir social, mais le président assume des « décisions impopulaires ». Il lance : « Je me fiche de la prochaine élection, je veux réussir ce mandat ».

Dans une veine plus légère, il existe un autre domaine dans lequel Emmanuel Macron pourrait se targuer de rester fidèle à ses standards : la rhétorique. «Tout est cul par‐dessus tête », a ainsi osé celui qui, de la « poudre de perlimpinpin » à  « croquignolesque », s’illustre régulièrement par l’emploi de formules alambiquées.